Les sandales blanches

France 2
25/01/21 ~ 21:05 - 22:45

Dans les années 60, dans le bidonville algérien de Nanterre, la mère de Malika, 5 ans, lui achète une paire de sandales si blanches que la fillette ne les quitte pas des yeux et est victime d'un terrible accident. Loin des siens durant de longues années d'hôpital, la petite musulmane, confiée aux bons soins d'infirmières catholiques, découvre, à la messe, la musique et le chant... - Critique : Une chorale lyrique répète sous l’autorité de Malika (Amel Bent). Celle que l’on surnomme la « diva des banlieues » interrompt soudain la formation musicale. Son plus brillant élément manque à l’appel. « Son frère veut pas qu’il crie comme une meuf », lui confirme un élève… Jouant de l’effet miroir, le téléfilm — adapté du livre de Malika Bellaribi Le Moal sur son parcours exceptionnel de mezzo-soprano issue d’un bidonville de Nanterre — commence alors une œuvre manifeste de pédagogie. Toutes les étapes du combat de l’artiste renvoient aux préjugés d’aujourd’hui : de l’incident qui la prive pres­que de l’usage de ses jambes à sa longue rééducation dans une France marquée par les stigmates de la guerre d’Algérie, jusqu’à la découverte du chant classique. Et surtout aux résistances qu’elle devra affronter pour monter sur les scènes lyriques : racisme ordinaire d’un milieu conservateur, mais aussi préjugés dans sa propre communauté. La construction est astucieuse. Car, malgré une mise en scène désuète, le chassé-croisé entre le parcours d’une femme en rupture et celui d’un jeune garçon empêché lui aussi par son époque réussit à embarquer. La fiction parvient à faire du récit d’une émancipation une question universelle au-delà des genres et des origines. La sobriété du jeu d’Amel Bent et la part belle laissée à la musique classique y sont pour beaucoup.