Les raisins de la colère

Arte
08/02/21 ~ 22:45 - 00:55

Le beau roman de Steinbeck, inspiré de l'exode rural qui suivit la crise de 1929, a bouleversé John Ford l'Irlandais, sensible à cette histoire de paysans partant vers la Californie comme vers la Terre promise. Humanisme du propos, splendeur des images : un sommet de sa carrière. - Critique : Le camion surchargé de la famille Joad roule, brinquebalant sur les traces des chariots des pionniers qui, bien des années auparavant, traversaient le désert vers la Californie, Terre promise. Mais les temps ont changé, la ruée vers l’Ouest des années 1930 est subie par les paysans surendettés de l’Oklahoma, qui seront parqués dans des camps insalubres. Plus aucune euphorie dans cet exode misérable… John Ford, qui a longuement filmé les convois d’émigrants dans ses westerns, re­trouve dans le roman de Steinbeck des thèmes qui lui sont chers : famille, dignité perdue, terre nourricière, injustice faite aux plus faibles… Il pose un regard bienveillant sur ces héros de misère qui ne croient plus en rien. C’est d’ailleurs un pasteur défroqué (génial John Carradine, aux yeux de fou illuminé) qui guidera Tom sur la voie de la révolte. On sent John Ford fortement influencé par le cinéma d’Eisenstein dans l’utilisation qu’il fait du noir et blanc charbonneux, des images superposées dans la scène des bulldozers et des gros plans sur les visages douloureux. Les deux discours de fin — celui de Tom, sacrificiel, et celui de sa mère, hymne au peuple — véhiculent une idéologie marxiste d’une force qui étonne encore aujourd’hui…