Les nombreuses vies de Sammy Davis Jr.

Arte
08/07/18 ~ 02:40 - 03:35

Noir, juif et Portoricain : un mélange détonant dans l'Amérique du XXe siècle. Né en 1925 de parents artistes, Sammy Davis Jr. est propulsé très tôt dans le show-business. Excellent danseur de claquettes, il se produit aux côtés de son père au sein du Will Mastin Trio. Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il sert dans l'armée, Sammy Davis Jr. découvre le racisme et prend conscience du pouvoir de l'humour pour l'affronter. Sa carrière décolle au milieu des années 1950, lorsqu'il décroche un second rôle dans la comédie musicale Mr. Wonderful, à Broadway. Engagé dans le mouvement des droits civiques, Sammy Davis Jr. refuse de jouer dans les salles qui pratiquent la ségrégation et déclenche la polémique en se mariant en 1960 avec l'actrice suédoise May Britt. Critique : « Je suis noir, juif et portoricain. Quand j’emménage dans un quartier, je le détruis », déclarait, hilare, Sammy Davis Jr sur scène. Un sacré handicap dans l’Amérique des années 50… bientôt aggravé par la perte d’un œil, après un accident de voiture. Noir, juif, portoricain et borgne, donc… Mais bien plus que cela. Le documentariste américain Sam Pollard nous dévoile les multiples facettes de cet artiste hors norme : as des claquettes à 3 ans, imitateur bidonnant, chanteur langoureux, acteur déroutant, membre du Rat Pack avec Frank Sinatra, Dean Martin et Jerry Lewis… Foisonnant d’archives, ce portrait ébouriffant retrace le parcours chaotique d’un enfant star de Harlem qui a découvert le racisme à l’armée, et fait de l’humour une armure contre la haine. A l’aube des sixties, proche de Martin Luther King, il s’engage corps et âme pour les droits civiques et refuse de jouer dans les salles qui pratiquent la ségrégation. Pis : l’insoumis ose épouser une Blanche, l’actrice suédoise May Britt. Haï du Ku Klux Klan, il s’attire encore les foudres de défenseurs du Black Power qui lui reprochent d’être « le nègre de service » du Rat Pack, mais aussi sa proximité avec Nixon. Une blessure profonde dont il ne se remettra jamais et un comble pour ceux qui l’ont connu. De Quincy Jones à Whoopi Goldberg, de Jerry Lewis à Kim Novak, ils lavent tour à tour son honneur sous une pluie d’éloges. « Je fais en sorte que les gens m’adorent en tant qu’artiste, même s’ils me détestent en tant que Noir », confiait, amer, Sammy Davis Jr.