Les mille et une nuits, volume 3 : l'enchanté

Arte
12/07/18 ~ 02:35 - 05:00

Ce troisième volet de la fresque portugaise met en lumière l’élevage de pinsons à domicile en vue de compétitions de chants aussi passionnées qu’implacables. Encore une diversion à la crise, sujet de départ. Et le dévoilement d’un monde parallèle, impossible à oublier. Critique : | Genre : fresque extravagante. La crise ? Une convention veut qu’elle inspire des œuvres réalistes, sérieuses, sombres, ajoutant du désespoir à la sinistrose. Miguel Gomes (auteur du spendide Tabou, en 2012) propose, à son tour, un portrait du peuple portugais éprouvé, appauvri par les politiques d’austérité. Mais pour lui, ce sujet de société appelle, au contraire, des ressources de fantaisie, de facéties et de douceur. Alors c’est le grand jeu. La frontière entre documentaire et fiction explose d’emblée. La hiérarchie entre haute et pop culture cède. Les incessantes références aux contes des Mille et Une Nuits (auxquels le cinéaste emprunte leur structure) côtoient des tubes de variété internationale d’une ringardise émouvante. Les voix off le disputent aux textes en surimpression. Les mêmes acteurs jouent plusieurs rôles successivement, parfois du sexe opposé. Selon les sketchs et les histoires, on est un peu chez Pasolini, Godard ou Varda, chez Manoel de Oliveira ou Apichatpong Weerasethakul, auquel Miguel Gomes « emprunte » son chef opérateur. Mais un signe ne trompe pas : la qualité du regard de Miguel Gomes lorsqu’il délaisse, un instant, son foisonnement baroque pour revenir à la modestie du témoignage face caméra. Le grand voyage contrasté que constitue Les Mille et Une Nuits donne la sensation de faire de vraies rencontres, apiculteurs en détresse ou chômeurs éleveurs de pinsons… Mais de faire aussi le plein de fables, de rêveries et de chimères : autant de subterfuges mis à la disposition de chacun pour réenchanter en douce le quotidien.