Les guerres de Coco Chanel

Arte
16/03/19 ~ 07:10 - 08:05

1970. Alors que Coco Chanel, 87 ans, est au crépuscule de sa vie, la vieille dame chic au collier de perles s'entretient avec Jacques Chazot. "Je me suis toujours battue", lâche l’éternelle "Mademoiselle", confite dans sa légende. Fille d’une lingère morte prématurément et d’un colporteur qui l’abandonne, la petite Gabrielle, née en 1883, est placée comme domestique à 12 ans chez une cousine, avant de prendre ses maigres jambes à son cou pour fuir un mariage arrangé. Le début d’une guerre solitaire sans fin, qui entraîne d’abord la jeune aventurière à Moulins, où elle apprend le jour les rudiments de la couture et chante le soir au cabaret, arrondissant ses fins de mois au bras de messieurs sensibles à son charme androgyne, dont Étienne Balsan, un éleveur de chevaux, et Arthur Capel, un joueur de polo anglais Critique : Plusieurs écrivains pressentis pour écrire la biographie de Coco Chanel de son vivant avaient fini par jeter l’éponge. Impossible de faire dire la vérité à celle qui, au fil des années et des rencontres, avait façonné sa propre légende… Depuis, les zones d’ombre se sont dissipées, comme l’atteste ce film, portrait académique et chronologique de la mythique directrice de la maison de la rue Cambon. « Caractère d’acier », « instinct de survie », « désir jamais ­assouvi de revanche », le commentaire ne manque pas d’emphase pour nous conter l’ascension fulgurante de l’enfant pauvre de Saumur devenue l’égérie de la haute société du début du xxe siècle, puis l’intraitable fondatrice d’un empire de la mode. Au fil des archives (trop rares pour éviter un lot d’images purement illustratives) se dessinent les contours d’une figure de féministe avant l’heure, en perpétuel combat : amoureuse libre, entrepreneuse indépendante, créatrice visionnaire désirant libérer le corps des femmes. Nuancé et lucide, le film n’élude pas les compromissions de l’Occupation et sa relation avec un officier allemand… Cette vie de roman fut aussi celle d’une femme anguleuse, aveuglée par son conservatisme, que Françoise Sagan jugeait « épouvantable de méchanceté, de cruauté et d’antisémitisme ». Une vieille dame ­indigne et seule qui, filmée à l’orée des années 1970, maudissait son époque et ses robes « trop courtes ».