Les Gardiennes

Canal+
21/01/19 ~ 23:35 - 01:45

Pendant la première Guerre mondiale, les hommes ont quitté le village pour le front. Les femmes reprennent le flambeau comme Hortense, travailleuse infatigable qui embauche Francine, une jeune femme de l’assistance publique, chargée de la seconder à la ferme. Sa propre fille Solange rechigne aux travaux des champs. Entre Hortense et Francine, un respect et une reconnaissance mutuels s’établissent d’emblée. D'ailleurs, après la guerre, Hortense veut garder la jeune femme auprès d'elle. Georges, son fils, revient lors d'une permission et tombe sous le charme de Francine. Alors que leur histoire démarre, il doit repartir à la guerre.... Critique : Voyage dans le passé : l’auteur du roman adapté, Ernest Pérochon, a sombré dans l’oubli. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé. Et le cinéaste, loin de l’injonction contemporaine d’efficacité, croit à la durée, aux silences, à l’expressivité des plans, paysages, natures mortes, fragments de corps. Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps (la Première Guerre mondiale, du côté des femmes), pendant des saisons, des années ; ces vies suspendues à une éventuelle mauvaise nouvelle, et où tout est reporté à un hypothétique « après la guerre ». Quand les héroïnes ne travaillent pas aux champs, elles se rongent les sangs. Quand les hommes reviennent pour une permission, ils sont fantomatiques… Mais la meilleure part du film tient à un événement dont Xavier Beauvois a indiqué qu’il était en partie survenu durant le tournage. En orpheline recrutée par les fermières pour pallier l’absence des hommes, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient la véritable héroïne des Gardiennes. Dans le scénario, la petite employée est accusée à tort de mauvais comportement, puis sacrifiée sur l’autel des convenances. Or la mise en scène contredit cet évincement. Rejetée par les personnages, la jeune fille est élue par le cinéaste. Mieux, c’est à elle que revient d’incarner l’émancipation à venir des femmes et, à la fin de la guerre, le retour impromptu de la joie.