Les enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe

Arte
05/06/18 ~ 22:20 - 00:05

A quoi ressemblait la vie au 209, rue Saint-Maur avant-guerre, avant que Vichy ne recense les juifs, avant que leurs biens ne soient spoliés, avant la rafle du Vel d'Hiv' et les déportations vers Auschwitz ? Chassés d'Allemagne ou ayant fui les pogroms d'Europe centrale, les habitants de cet immeuble du Xe arrondissement étaient au tiers de confession juive. La famille Diamant comptait huit membres : les parents, trois enfants nés en Pologne et trois en France. Aujourd'hui installée à Tel-Aviv, Odette est la seule survivante. Depuis Melbourne, en Australie, Berthe Rolider évoque la pièce unique qu'elle partageait avec ses père et mère. René Goldszstajn, âgé de 19 mois au moment des rafles, peut encore témoigner grâce à la concierge, madame Massacré. Quant aux Osman, ils ont eu le temps de confier Henry, 5 ans, à une organisation clandestine juive. Critique : Considérer un immeuble comme un organisme vivant, receleur muet d’existences liées par-delà les années, en voilà une drôle d’idée. Cette fascination pour « la manière dont le temps se dépose dans un lieu », Ruth Zylberman a choisi de l’explorer en focalisant ses recherches sur le 209, rue Saint-Maur, à Paris, et la période 1939-1945. A mesure qu’avance son enquête à la recherche de ceux qui y habitaient avant le 16 juillet 1942, date de la rafle du Vél’d’Hiv, la réalisatrice appose des post-it bleus sur un plan, espérant bientôt leur substituer des visages. Retrouvés aux quatre coins du monde, Odette, Thérèse, Albert ou Henry exhument, vibrants de précision, des souvenirs de « l’ inconcevable » : les arrestations, la déportation, la peur, mais aussi la douleur d’avoir un frère nazi ou la responsabilité de cacher des êtres menacés parce que juifs. Qu’ils se souviennent ou non des uns ou des autres, ces enfants devenus vieux seront-ils capables de ­renouer le fil d’une histoire qui s’est arrêtée il y a soixante-quinze années ? Doucement mais inéluctablement, le film tend vers cette échéance, tandis que les fantômes du ­passé reprennent leurs droits sur la cour, les murs ou les escaliers que les gamins ­d’aujourd’hui dévalent sans y penser. Troublant et bouleversant.