Les démineurs de Benghazi

Arte
15/06/18 ~ 09:25 - 10:10

Au commencement, ils étaient dix-huit. Des pères de famille chargés d'arpenter les rues dévastées de Benghazi, deuxième ville de Libye, pour y déceler et désamorcer, sans détecteurs ni protection, les mines dissimulées dans les décombres. Partout, des immeubles d'habitation aux terrains de jeux, des groupes djihadistes alliés à l'État islamique ont caché ces pièges explosifs meurtriers au moment où l'armée du futur maréchal Haftar les repoussait hors de la ville. Osama al-Fitori a suivi deux années durant ces démineurs aux mains nues pour présenter un visage méconnu de son pays exsangue, à travers des hommes attachés à le reconstruire, envers et contre tout. Critique : « Au quotidien le démineur doit toujours rester extrêmement concentré », nous apprend un commentaire jamais avare de telles sentences. En 2014, un embryon d’armée nationale libyenne, emmenée par le général Khalifa Haftar, chasse de Benghazi les groupes islamistes se réclamant de Daech. Ces derniers laissent derrière eux des milliers d’engins piégés qu’une poignée de démineurs tentent de neutraliser. Sur les dix-huit hommes que comptait le groupe, cinq seulement ont échappé à la mort, dont Attia qui fait figure de vétéran. Regard empli de tristesse, cigarette éternellement vissée aux lèvres, l’homme déplore la disparition de ses camarades fauchés par les explosions. Il est de tous les plans du film à creuser la terre ou à soulever une tôle à la recherche d’un détonateur au milieu d’un décor d’apocalypse ; les combats ont détruit près de la moitié de la ville. Le réalisateur ne dit malheureusement quasiment rien du contexte entourant le sort de la deuxième ville de Libye — six cent mille habitants avant les combats — et dont Khalifa Haftar, à présent maréchal, ambitionne de faire la vitrine de son pouvoir avant de plus grands desseins. Le documentaire préfère empiler d’interminables scènes de déminage truffées d’effets de mise en scène. Quant au portrait d’Attia, il disparaît sous une tonne de pathos.