Les clefs de bagnole

C8
08/07/18 ~ 22:30 - 00:00

Tous les producteurs, tous les comédiens fuient, mais Laurent Baffie s'entête : il tournera l'histoire d'un type qui a perdu ses clés de bagnole… Amusante fantaisie sur un film en train de se faire. Manque, tout de même, un brin de vraie folie… Critique : Film de Laurent Baffie (France, 2003). Scénario : Laurent Baffie. Image : Philippe Vène. 95 mn. Avec Laurent Baffie, Daniel Russo, Jean-Marie Bigard. Le genre : mise en abyme plutôt maligne. « C'est quoi, l'histoire ? - Un mec qui a perdu ses clefs de bagnole. - Et alors ? - Il les retrouve. - Et puis ? - C'est tout ! » Tous les producteurs de Paris jettent le scénario de Laurent Baffie à la poubelle. Et tous les potes qu'il contacte - Auteuil, Lanvin, Lhermitte, Arditi... - l'envoient bouler violemment. Non, ils ne tourneront pas dans cette merde. Ce générique prestigieux - ils refusent, mais ils y sont quand même ! - est la première surprise, savoureuse, du film. Finalement, Daniel Russo a accepté. Forcément : Baffie lui a fait croire qu'il a écrit pour lui le personnage du copain qui l'aide à retrouver ses clefs. Et le tournage commence. Dans l'appartement de Baffie, où les toilettes sont dans un aquarium et où la porte d'entrée donne sur une plage. Tout est possible, puisqu'on est au cinéma. Les acteurs blessés sont remplacés par des clones, un hélicoptère les sauve lorsqu'ils sont en danger, un flash-back permet à Russo de conclure une scène d'amour interrompue, et Gérard Depardieu apparaît en fromager inutile à l'intrigue. Un peu comme Julien Duvivier, il y a cinquante ans, dans le très joli La Fête à Henriette, Laurent Baffie a donc tourné un film en train de se faire. Sur les difficultés de rendre vrai l'imaginaire. Avec une feinte naïveté, il semble découvrir les joies et la magie du cinéma, et on le contemple, pas dupe mais complice, en train de faire joujou avec sa caméra et son histoire qui n'existe pas. Il y a quelques chutes de rythme et deux ou trois grossièretés, sans lesquelles Baffie n'oserait probablement pas se regarder dans la glace le matin. Mais on remarque son goût pour le gag absurde et pour le non-sens insolent (Alain Chabat, irrésistible vendeur de chiens). On aurait simplement aimé encore plus d'audace, de folie plus ou moins douce. Faute de vitriol, Baffie reste à la porte de Blake Edwards. Et au seuil d'Hellzapoppin. Ce n'est pas si mal. Pierre Murat