Les années 68

Arte
L'explosion
11/06/18 ~ 02:35 - 04:15

Dans les années qui suivent 1968, la révolution souhaitée tourne parfois à la violence, des luttes armées sanglantes de la Fraction Armée rouge allemande à celles des Brigades rouges italiennes. Cependant, les revendications sociétales - des mouvements féministe et gay à l'enracinement de l'écologie - amorcent des changements en profondeur, toujours à l'oeuvre cinquante ans après. Quant aux mots d'ordre conspuant la société de consommation, le déni de démocratie ou la collusion des pouvoirs politique et économique, ils n'ont rien perdu de leur actualité. Des témoins des événements, célèbres ou anonymes, font revivre cette période qui marqua un basculement planétaire. Critique : Le projet de Don Kent ne manquait ni d’ambition ni de pertinence. Raconter la décennie 1965-1975 — joliment surnommée « les années 68 » — au travers des mouvements sociaux et politiques qui l’ont émaillée et de la soif d’émancipation de la jeunesse qui s’exprima en Amérique, en Europe, en Asie comme en Afrique permettait d’échapper au cadre restrictif des commémorations de Mai. De prendre de la hauteur, comme l’annonce le plan céleste ouvrant ce long documentaire. D’établir une cohérence entre les mouvements d’opposition à la guerre du Vietnam et la lutte pour les droits civiques, les révoltes du monde étudiant et de la classe ouvrière, le Printemps de Prague, les combats féministes, anticapitalistes ou pacifiques… jusqu’aux embardées dans la lutte armée et l’essor de l’écologie politique. Promenant sa caméra à travers le monde, Don Kent recueille avec le savoir-faire qu’on lui connaît la parole de quelques grands témoins, comme Erri De Luca ou Judith Butler, qui donnent aux Années 68 ses meilleurs moments. Mais, à nous balader de Londres à Rome ou à Tokyo, le documentariste d’origine écossaise, qui étudiait le cinéma à Paris quand s’enflamma le Quartier latin, ne construit pas une réflexion politique suffisamment solide pour donner à l’ensemble une forme d’unité. Passant d’un événement comme d’un lieu à l’autre, il compose moins un panorama qu’un patchwork. Et, peu à peu, dissipe l’attention.