Le temps des aveux

France 3
06/06/18 ~ 00:10 - 01:45

1971. Les Khmers rouges progressent au Cambodge. Un ethnologue français est prisonnier d'un responsable de centre de tortures… Film vibrant, troublant, sur l'affrontement de deux hommes. Critique : | Genre : Terreur Aveugle. En 1971, François Bizot a 31 ans. Ethnologue, il étudie depuis des années la culture khmère, il s'est marié avec une Cambodgienne. Un jour qu'il revient d'un temple, il se fait arrêter par des révolutionnaires communistes. Il passe des jours et des jours, enchaîné, dans un camp que dirige un petit chef idéaliste, mais déjà fanatique, surnommé Duch. Celui-là même dont le cinéaste Rithy Panh (coproducteur de ce film) retracera l'ascension et la chute dans S21, la machine de mort khmère rouge (2003). Régis Wargnier, lui, filme les prémices de la terreur. Un duel dans la jungle, silencieux, fascinant, indéchiffrable. A chaque instant, Duch pourrait liquider son petit Français, colonialiste et présumé espion. Il ne le fait pas. C'est ce mystère que cerne le cinéaste. Sa mise en scène rend tout singulier : les lieux, apparemment sereins, où le mal envahit les coeurs purs. Et les liens, visibles et invisibles. Même si les scènes spectaculaires sont réussies, l'essentiel demeure l'affrontement entre Duch (Kompheak Phoeung, impeccable) et Bizot (Raphaël Personnaz, très loin des beaux mecs fades qu'on lui fait généralement jouer). Le rapport presque sadomaso qui unit, malgré eux, ces deux hommes. Et leur dernière rencontre au moment où, des années plus tard, Duch appelle Bizot pour témoigner à son procès : Wargnier filme des mains qui se serrent à contrecoeur, des regards qui se fuient face au mal aveugle et au pardon impossible. — Pierre Murat