Le semeur

Canal+
12/12/18 ~ 01:35 - 03:10

1852. Après le coup d'état de Louis-Napoleon Bonaparte, les républicains et leurs sympathisants sont durement réprimés. Beaucoup d'homme sont tués ou emprisonnés, laissant femmes et enfants seuls. Les femmes d'un village signent un pacte : si un homme se présente, il ne sera pas celui d'une seule mais de toutes. Jean, un maréchal-ferrand, arrive au village, pour chercher du travail. Si certaines se méfient et voient en lui un espion à la botte du pouvoir en place, d'autres ne sont pas insensibles au son charme. Jean se rapproche de la jeune Violette Ailhaud. Les autres femmes ne tardent pas à rappeler à cette dernier le pacte qu'elles ont signé... Critique : Quelques mois après le coup d’Etat du futur Napoléon III (décembre 1851), tous les hommes d’un village isolé sont raflés par la police. Et déportés. En leur absence, les femmes s’organisent. Elles accomplissent vaillamment des travaux harassants, tout en rêvant au retour, de plus en plus hypothétique, de leurs pères, maris et frères… Un jour, une question fuse : « Et s’il passait un homme, un inconnu, qu’est-ce qu’on en ferait ? » Réponse immédiate et unanime : « On se le partagerait. On ne lui laisserait pas le choix : s’il en voulait une, il aurait toutes les autres. » Et voilà que débarque Jean… Deux pièges guettaient la réalisatrice (c’est son premier long métrage). D’une part, composer une énième variation académique sur le monde paysan. Elle l’évite, en dépit de la (trop) belle photo d’Alain Duplantier, en donnant du caractère à ses personnages, en insufflant à chacune de ses héroïnes une émotion, une gêne, une frustration personnelle. D’autre part, réaliser (après Sofia ­Coppola) un deuxième remake des Proies de Don Siegel, huis clos sur des femmes rendues hysté­riques par la présence d’un mâle… Marine Francen navigue entre ces écueils et les esquive, portée par un enthousiasme communicatif. Sa chronique est douce, lyrique, apaisée. Entre Jean (Alban Lenoir) et Violette (Pauline Burlet), elle fait naître une attraction où l’ivresse des mots (tous deux savent lire et se gorgent de Victor Hugo) provoque celle des corps. Belle idée qui transcende cet exercice de style délicat.
 
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