Le professeur

Arte
23/12/20 ~ 00:55 - 03:05

Un nouveau prof débarque à Rimini, traînant sa tragique mélancolie et son usure face à la vie. Une élève, belle à croire aux miracles et triste à ne plus y croire, rallume la passion chez cet homme éteint. Zurlini traque le désespoir d'un Delon magnifique dans une chronique où la fatalité l'emporte. - Critique : Redécouvert à Cannes en 2019, l’année où Alain Delon reçut une Palme d’or d’honneur, ce film italien fut longtemps un vilain petit canard dans la carrière de l’acteur, qui avait imposé des coupes et un changement de titre. On peut le comprendre. En 1972, la star française brille de tous ses feux et Zurlini a l’idée, tout à fait décalée, de lui faire jouer un prof de lettres qui a sombré dans la morosité de Rimini hors saison, un pauvre hère qui perd au poker et ne quitte pas son manteau en poil de chameau ni son col roulé vert. L’amour qu’il va concevoir pour une de ses élèves paraît condamné à rester douloureux et solitaire, comme sa sombre existence… La mélancolie du Professeur pouvait sembler forcée, elle est devenue sublime. Dans cet univers à la dérive, Zurlini fait de la beauté de l’art une planche de salut : la littérature, la poésie, la peinture sont les seules vraies compagnes du personnage de Delon. Ce vagabond appartient à un autre monde, il fascine comme un prince égaré, un funambule qui frôle le gouffre. Aujourd’hui réconcilié avec le film, le comédien sait que celui-ci demeure un des plus beaux témoignages de ce qu’il a apporté au cinéma : un magnétisme froid, souvent poignant, une présence d’une intensité à couper le souffle.