Le Pigalle

Arte
Une histoire populaire de Paris
27/03/19 ~ 22:55 - 23:55

De quoi Pigalle est-il le nom en 2019 ? Aujourd'hui, le quartier «rouge» de Paris a perdu beaucoup de ce qui a forgé sa sulfureuse réputation. La gentrification l'a banalisé, entre tourisme de masse, vie de famille et lieux branchés pour hipsters, qui remplacent les bars à entraîneuses. Désormais, certains veulent rebaptiser Pigalle «SoPi» (pour South Pigalle), une marque déposée. L'uniformisation exclut souvent les plus modestes, et fait ressembler l'endroit à d'autres quartiers à la mode tel le Soho de Londres. Mais l'âme de Pigalle a-t-elle vraiment disparu ? N'existe-t-il pas des poches de résistance, une culture, une mémoire de ce que fut cette zone d'aventure et de danger ? Critique : « Un paradis hors les lois qui tenait sur moins d’un kilomètre carré. » La fascination de David Dufresne pour Pigalle remonte aux années 1980. « Tout avait commencé dans un ancien cabaret jazz devenu salle de tango, bordel de la Gestapo, cabaret lesbien et enfin… club rock : le New Moon. Centre du monde. C’était chaud, sale et humide. C’était Paris la nuit », lance-t-il en prélude, comme un cri d’amour fou au sulfureux Quartier rouge. Le réalisateur évite ici l’écueil du énième documentaire historique qui mêlerait interviews pépères et archives surannées, en cassant les codes du genre grâce à un dispositif aussi charmant qu’atypique. Sur la place Pigalle, parmi les passants amusés, il a garé un vieux camion reconverti en cinéma de poche. S’y projette un tourbillon d’images : fragments de films (Le Désert de Pigalle, Bob le Flambeur), d’entretiens rares (Jean Renoir sur son père rue Victor-Massé, Marguerite Duras avec la strip-teaseuse Lolo Pigalle), de concerts punk (les Wampas)… Cette astucieuse mise en abyme permet au film de faire le trait d’union entre passé et présent, mais aussi interagir avec les riverains de passage. Prostituée, transsexuel, ex-flic, rabatteur, ancien caïd, patron de club… chacun ravive, sur fond d’accordéon, la mémoire populaire d’un quartier libre, en marge, hélas défiguré par la gentrification. Leur truculence illumine ce portrait tendre et nostalgique du temps où tout était encore possible à Pigalle.
 
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