Le Pakistan, les talibans et moi

Arte
13/03/19 ~ 00:15 - 01:35

Le cinéaste Mohammed Ali Naqvi revisite près de quatre décennies de l'histoire récente, et tragique, du Pakistan. En 1999, après des années d'instabilité, le général Pervez Musharraf renverse le gouvernement et prend le pouvoir. En 2008, il est poussé à la démission. Depuis, le pays s'enfonce lentement dans le chaos. Guidé par un interrogation personnelle, à savoir à quel candidat il donnera son suffrage lors des prochaines élections, Mohammed Ali Naqvi réunit archives analyses et interviews. Il fait ainsi la peinture d'un pays miné par la corruption de ses élites, l'impuissance politique et le terrorisme religieux. Critique : Le titre original de ce documentaire, Insh’aAllah Democracy, est moins racoleur. Ce film assurément très personnel a surtout comme objectif de dénoncer trente années de corruption, de dictature et d’extrémisme religieux au Pakistan. Un ­sacré défi pour son réalisateur pakis­tanais, Mohammed Ali Naqvi, 39 ans, surnommé Mo. Lui le chiite, marqué par les attentats contre sa communauté, élevé dans la peur et sous bonne garde. « J’avais l’impression d’avoir une cible peinte sur le dos. » Puis, un jour de 1999, l’espoir remplace la peur. Le 12 octobre, le général Pervez Musharraf prend le pouvoir par la force. Il est le « progressiste », « l’homme qui va réprimer l’intégrisme religieux ». Mo en reste persuadé, jusqu’à sa démission en août 2008. Un héros qu’il va réussir à rencontrer à Dubai, dans son exil ­doré, en 2010. Une connivence de près de cinq ans est née — il accompagne même sa tentative de retour aux affaires et au pays en 2013 —, mais, au gré des conversations, s’effiloche. Mo découvre un « dictateur » et un pouvoir « sur lequel il avait préféré fermer les yeux ». Le tout donne un film intime, au propos sombre et à la chronologie parfois difficile à suivre, mais instructif sur la personnalité de Musharraf et la place parti­culière du Pakistan dans les relations internationales.