Le mystère Jérôme Bosch

Arte
14/10/18 ~ 22:25 - 23:50

Le terrifiant Jardin des délices, œuvre énigmatique du XVe siècle, mi-profane mi-religieuse, est le sujet de ce documentaire érudit, foisonnant d'hypothèses et d’anecdotes. Critique : Ce documentaire espagnol s’ouvre sur des images d’anonymes admirant le triptyque du Jardin des délices, au Prado, à Madrid. Avec la suggestion d’un effet miroir entre le sujet de l’œuvre scrutée et ceux qui la regardent… Mais, très vite, le réalisateur emprunte une route un peu plus balisée : les fans de Jérôme Bosch interrogés par le réalisateur sont tous artistes, historiens de l’art ou intellectuels, la plupart célèbres. Leur parole brillante est une invitation au voyage dans une œuvre aux énigmes inépuisables. Plus on s’approche, plus le tableau devient complexe, vestige du Moyen Age et d’un « monde précartésien », où l’on s’accommodait de multiples significations contradictoires pour un même élément. A la fois religieux et profane, Le Jardin des délices s’est d’abord intitulé La Variété du monde, puis, étrangement, Les Fraises. Jérôme Bosch, dont on sait peu de choses, sinon qu’il cuisinait le cygne comme personne, l’a peint à des fins de divertissement autant que d’éducation. Plus tard, un duc d’Albe a fait arracher les ongles d’un gardien de palais pour mettre la main sur le triptyque dissimulé… Avec un autre tableau, le film aurait peut-être les mêmes vertus et limites que ces casques audio à disposition dans les musées. Mais le foisonnement inouï du Jardin des déli­ces prête, à force de motifs agrandis et analysés, à une jubilation qui tient aussi de l’incertitude totale. Même un expert familier de l’œuvre se laisse soudain happer par tel détail et se perd en conjectures devant un lapin surdimensionné dont le regard exprimerait « un mélange d’indifférence et de malveillance » à l’égard des humains. Eloge de la polysémie…