Le musée des merveilles

Canal+
04/03/19 ~ 09:55 - 11:50

En 1977, Ben, un adolescent dont la mère vient de mourir, fuit les services d'adoption et fugue en bus en direction de New York, pour tenter de retrouver la trace de son père, qu'il n'a jamais connu. En 1927, dans le New Jersey, Rose, jeune fille sourde, issue d'une riche famille, s'enfuit pour rencontrer Lillian Mayhew, une actrice qu'elle admire. A cinquante ans de distance, les parcours des deux jeunes gens les conduisent dans le même musée new-yorkais... Critique : Ivresse de la fugue. Dès que les deux héros enfants posent un pied à Manhattan, une sensation grisante de liberté et de décou­verte envahit tout. Un demi-siècle ­sépare pourtant leurs arrivées, qu’on suit en parallèle. Rose débarque dans la ville en 1927, Ben en 1977. Rose veut échapper à sa prison dorée d’enfant mal aimée car sourde de naissance. Ben vient de perdre sa mère et n’a pas connu son père, qu’il espère pouvoir retrouver à New York. Lui aussi est sourd, mais à la suite d’un accident. Le Musée des merveilles est adapté d’un roman pour la jeunesse de Brian Selznick, créateur d’Hugo Cabret. Todd Haynes fait oublier que l’histoire s’adressait en priorité aux enfants et réussit à condenser, dans ce septième long métrage, tout ce qui singularise son œuvre. Et d’abord son goût pour les solitaires, les marginaux, ceux que leur différence isole. Mais, aussi, sa peinture des passions contrariées : la petite Rose brûle d’un amour impossible pour sa mère (Julianne Moore), célèbre actrice du muet, tout entière vouée à sa gloire, et qui, de passage à Broadway, enrage de voir apparaître en coulisses sa fille. Si les deux enfants semblent, chacun, creuser une galerie dans le temps, appelée à rencontrer celle de l’autre, le cinéaste ­organise, sans cesse, de subtils échos entre leurs trajectoires et leurs époques. Entre le New York de 1927, prospère, d’avant le krach boursier, et celui de 1977, sale, sexy et dangereux, ce cinéma tient du carrousel : il donne le tournis, mais un tournis romanesque.