Le lac aux oies sauvages

Canal+
12/10/20 ~ 14:24 - 16:11

Sous un torrent de pluie, Zhou, un chef de gang chinois, rencontre Aiai Liu, une prostituée aux cheveux courts qui vient le voir à la demande de son épouse. Lui est en fuite. Lors d'un rassemblement de gangsters qui a dégénéré en fusillade, il a tué un policier. Sa tête est maintenant mise à prix. Les forces de l'ordre comme les malfrats le poursuivent pour l'arrêter. La récompense est tellement élevée, qu'il envisage lui-même de se rendre, avec la complicité d'Aiai. Dans leur plan, cette dernière le dénonce à la police, touche la récompense, qu'elle reverse en partie à l'épouse de Zhou et s'en sert également pour changer de vie... - Critique : Black Coal, le précédent film de Diao Yinan, racontait une sombre enquête. L’obscurité, têtue, s’impose à nouveau dans celui-ci, aux trois quarts plongé dans un univers nocturne, pluvieux, poisseux. Sur un quai de gare, sous un déluge crépitant, un homme amoché reste caché derrière un pilier. Une femme aux cheveux courts s’approche, lui demande du feu. Elle lui annonce qu’elle vient à la place de sa compagne. Lui se méfie. Après plusieurs flash-back, on en sait davantage : l’homme est un chef de gang traqué à la fois par une bande rivale et par la police. Elle est une prostituée (de celles que l’on surnomme, curieusement, « baigneuses »), prête à tout pour échapper à son triste sort… Il faut parfois s’accrocher car l’intrigue est tortueuse. On traverse un pays envahi de poubelles, gangrené par le mal, le vice et le pouvoir. On sillonne des bas-fonds dédaléens et un zoo, on dérive sur l’eau. Le Lac aux oies sauvages est une vaste partie de cache-cache mortel, portée par une mise en scène virtuose. Le cinéaste synchronise des ballets, des mouvements de caméra opératiques, des jeux de couleurs, d’ombres et de lumières expressionnistes. On devine un hommage aux maîtres américains d’antan (Orson Welles), mais inscrit dans la lignée du meilleur cinéma asiatique, surtout hongkongais, de Tsui Hark à Johnnie To.