Le journal d'une femme de chambre

France 5
05/11/18 ~ 20:55 - 22:30

Ce Buñuel est un modèle de dépouillement, où fait merveille le détachement cynique de Jeanne Moreau. Critique : Le film suit le regard ironique et acéré de Célestine, souris malicieuse qui vit dans les couloirs et respire des bouffées d’air vicié à chaque porte qui s’ouvre. La maison où la jeune femme officie ressemble à une prison cossue, au cœur de laquelle Buñuel se réjouit d’avoir coffré tous les représentants d’une société qu’il exècre : les bourgeois, incapables de connaître le plaisir, les gens d’Eglise, mielleux et frustrés (impayable apparition de Jean-Claude Carrière), et le petit peuple d’extrême droite, visqueux et cruel. En repoussant de vingt ans l’action du roman d’Octave Mirbeau, le cinéaste se venge de ceux qui bâillonnèrent ses débuts, dans les années 1930. Le « Vive Chiappe ! » que scandent des manifestants « anti-métèques » à la fin du film est une allusion ironique au préfet du même nom, qui fit interdire en France L’Age d’or, chef-d’œuvre subversif de Buñuel. Cette fois, laissant ses ardeurs surréalistes de côté, celui-ci épure son style, pour se mettre au ras du quotidien. Même la célèbre scène fétichiste des bottines est un modèle de dépouillement. Le détachement cynique de Jeanne Moreau fait merveille. Le « merde ! » qu’elle profère sans crier gare est un véritable régal.