Le huitième jour

Gulli
01/04/19 ~ 22:40 - 00:33

Harry, homme d'affaires surmené, comble à coups de mimiques et d'admonestations le vide effrayant d'une vie désertée par la femme qu'il aimait et qui est partie en emmenant leurs deux fillettes. Un jour, Harry croise le chemin d'un jeune trisomique, Georges, qui a fui l'institut spécialisé où il vivait. Harry n'a tout d'abord qu'une idée : se débarrasser au plus tôt de l'encombrant personnage, qui réclame à tue-tête des chaussures neuves dans les magasins et qui risque la mort s'il mange du chocolat. Peu à peu, pourtant, dans l'âme desséchée d'Harry, se glisse une affection pour l'être simple et bon qui s'est accroché à ses basques et l'appelle «mon copain»... Critique : Un soir, sous une pluie battante, Harry écrase le chien de Georges. Harry : cadre pressé et stressé, malheureux en amour. Georges : mongolien en fuite de son institut. Rencontre surréaliste. Embarrassé, Harry raccompagne Georges, qui ne veut plus le quitter. Et la vie de Harry va changer. Pour lui, le spécialiste en techniques de vente, Georges, qui ne sait que donner, est un martien. Il a un coeur gros comme ça, il vit dans l'instant, il manifeste ses émotions... Le Huitième Jour, c'est l'arrivée de Harry sur la planète Georges. Deux individus que tout oppose, et qui apprennent à s'aimer : le sujet est vieux comme le monde. Les années 80, mélange d'arrivisme et d'exclusion, y ont apporté leur variante, dont Rain Man était l'archétype : la folie gagnait contre la raison, les sentiments contre l'argent. Simple différence, ici, mais elle est de taille : tandis que Dustin Hoffman « jouait » à l'autiste savant, Pascal Duquenne, qui interprète Georges, est réellement un mongolien. Ce n'est pas parce que Pascal Duquenne ne « joue » pas au mongolien qu'il ne joue pas : « Chez les acteurs mongoliens, Pascal, c'est Brando ! Tout est incandescent : quand il doit montrer un sentiment de bonheur, il est heureux, quand il doit exprimer un sentiment de tristesse ou de souffrance, il souffre vraiment. Il ne peut pas tricher », dit Daniel Auteuil de son partenaire. On ne peut mettre en doute la sincérité de Jaco Van Dormael. Son intérêt pour les mongoliens ne date pas d'aujourd'hui, Pascal Duquenne jouait déjà dans Toto le héros. Mais on est bien obligé de suspecter la roublardise ­ peut-être inconsciente ­ de sa mise en scène. Moins encombré de flash-back, moins foisonnant que Toto le héros, le récit est ici plus linéaire, plus classique. Mais le style est le même. Voyant. Voyeur, diront certains. Souvent efficace, aussi. Jaco Van Dormael tient à nous émouvoir ; il y parvient sans peine. Ce qui gêne, c'est cette façon compliquée d'envoyer un message tout simple. Sans saisir ce moment limite où le brio flirte avec l'esbroufe, où le désir d'émouvoir frôle le chantage aux bons sentiments. Constamment, on sent une volonté d'épater, en étalant son savoir-faire. Trop de scènes où Luis Mariano (joué par un acteur) apparaît, chantant de sa voix de velours : « Maman, tu es la plus belle du monde. » Un symbole du monde de bonté et de gentillesse auquel aspire Georges. Trop de visions de la mère disparue de Georges, qui semble descendre du ciel, nimbée de lumière, pour se pencher tendrement sur son petit. Trop d'emprunts au cinéma américain (Rain Man, déjà cité, mais aussi Forrest Gump, avec l'inévitable scène du banc et même la boîte de chocolats !). Chamarré, bien ficelé, jamais ennuyeux, Le Huitième Jour brille comme ce feu d'artifice allumé par Harry sur la plage, en cadeau à ses filles, que sa femme empêche de voir. Mais il y manque cette pudeur sans laquelle le spectateur se sent manipulé et boude un peu son émotion, comme, parfois, on boude son plaisir... - Bernard Génin
 
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