Le domaine

Arte
11/06/20 ~ 21:50 - 22:50

Saison:1 - Episode:3 - En 1991, vingt ans après la révolution des Oeillets. Antonio, le fils du contremaître Joaquim, apprend que son père vient de mourir dans un accident de moissonneuse. Miguel, le fils mal-aimé de João, se montre de plus en plus ingérable, multipliant les excès de boisson et les bagarres dans les bars locaux. Il avoue à sa mère, Leonor, qu'il a connaissance du lourd secret de la famille, dont le dévoilement bouleverserait la vie du domaine, ainsi que de l'histoire d'amour entre sa soeur Teresa et Antonio. Il va alors pousser ses parents à tout révéler... - Critique : Une série portugaise d’auteur ? Pas fréquent. Avec en arrière-plan les turbulences de l’histoire du pays depuis 1946 jusqu’à la fin des années 1990, cette saga familiale raconte l’histoire d’un vaste domaine agricole en zone franche, tenu par un exploitant ambivalent, à la fois conservateur et indépendant, autoritaire et tolérant. Un mari volage par ailleurs, père d’un garçon fragile, mal aimé, et d’une fille, qu’il privilégie. L’épouse, quant à elle, a le profil d’Emma Bovary. Fille d’un général, cette belle femme, délaissée, s’ennuie. La série, qui flatte volontiers les silences, semble un peu figée au début, mais gagne en intensité, à mesure qu’elle s’étoffe d’éléments tout aussi romanesques que sociaux et politiques. L’histoire du Portugal, de la guerre coloniale en Angola jusqu’au néolibéralisme récent, en passant par la révolution des Œillets, touche la vie du domaine, sans jamais vraiment l’ébranler, sauf vers la fin, synonyme de décadence. Entre frustrations diverses, adultères et lourds secrets de famille, on voit le tableau de famille se lézarder peu à peu. Ça rivalise avec Mad Men question tabac et picole, mais dans un tout autre décor, l’hacienda (plutôt le « lati­fundium ») ayant supplanté l’ambiance urbaine. Le gaucho impérieux et ténébreux (Albano Jerónimo, faux air de Helmut Berger) a assurément du charisme. On a parfois l’impression d’assister à un curieux mélange de Dallas, de western à la Sergio Leone et de cinéma hiératique à la Manoel de Oliveira. Insolite, donc.