Le dernier jour du jeûne

France 5
22/01/21 ~ 20:55 - 23:18

A travers cette tragi-comédie de quartier, Simon Abkarian célèbre ses racines méditerranéennes et rend hommage au théâtre de la Grèce antique. Dans cette fresque contemporaine, les femmes jouent un rôle de premier plan. Elles ne veulent plus subir le poids de la tradition et c'est en se heurtant à un patriarcat millénaire qu'elles forcent la porte de leur destin. C'est en affûtant leur langue qu'elles croisent le fer avec les hommes et font trembler l'ordre établi jusque dans ses fondements. Les discussions sont âpres et ardentes, les images fleuries et les sentiments extrêmes. Le printemps est à portée de main. Mais un terrible secret pèse sur le quartier. - Critique : Qui a dit que théâtre et télévision ne faisaient pas bon ménage ? Voici la preuve du contraire. Le Dernier Jour du jeûne se révèle un spectacle à la vitalité et à la sensualité contagieuses. Simon Abkarian est le metteur en scène et l’auteur de cette fresque étourdissante qui, sous couvert de plonger dans le quotidien d’une communauté au caractère bien trempé, puise son ADN dans les tragédies grecques et les légendes orientales. Ses personnages vivent de peu mais ils rêvent en grand. Ils parlent de cuisine tout en faisant des songes prophétiques. Ils s’engueulent avec des accents de Cassandre. Ils placent le respect dû aux pères et l’amour des mères au-dessus de tout, ce qui n’empêche pas les conflits entre générations. Même trop excessifs, ces héros qui traversent mille et un épisodes sont attachants. La pièce nous entraîne dans le chahut d’une famille que domine une Mama (éclatante Ariane Ascaride) et que bousculent les désirs des fils, des filles, des amants, des amis. Cette épopée intime se déploie sur une scène où les éléments de décor montés sur roulettes vont et viennent dans un fluide ballet que les caméras filment de biais, de face ou de haut. On passe d’un salon à une boucherie ou d’une rue à un verger. Cette représentation turbulente est une ode à la femme, elle tient la dragée haute aux hommes. C’est aussi, et surtout, une apologie de la langue, que Simon Abkarian drape d’un faste luxuriant. Une langue qui charrie de l’imaginaire, ce n’est pas monnaie courante sur le petit écran. Ne serait-ce que pour cette raison, il ne faut pas rater cette représentation. — Joëlle Gayot