L'appât

Arte
02/05/20 ~ 00:00 - 01:55

Trois adolescents qui rêvent d'Amérique et de fric facile deviennent des meurtriers sans en avoir conscience. Le film révéla Marie Gillain, étonnante femme-enfant qui, jusqu'au bout, s'extasie sur un stylo parce que c'est un Montblanc… Glaçant. - Critique : Deux garçons et une jeune fille rêvent de mener la belle vie. Ils ne pensent pas à mal. C’est à peine s’ils pensent, d’ailleurs. Et les trois copains, sans le vouloir, puis sans le regretter, deviennent des assassins. L’Appât est un film terrible, parce qu’il peint l’horreur avec la même innocence que ceux qui la commettent. Pas de prêchi-prêcha, pas d’indulgence non plus. Rien qu’un constat qui renvoie chacun à soi-même. Et ce constat est implacable, à l’image de la société dans laquelle on vit. Être ? À quoi bon, puisqu’on a le paraître. Face au policier, Nathalie préférerait mourir plutôt que d’avouer que sa mère lui a loué un deux-pièces à Levallois. « À deux pas de Neuilly », précise-t-elle. Tavernier pousse jusqu’à l’absurde la machine à décerveler (télé, ciné, pub). Il a beau s’inspirer d’un fait divers des années 1980, son film est universel. Si l’on ose dire, il peint le mal à l’état pur, et montre son ignominie. Ni trop ni pas assez. À la frontière entre répulsion et réflexion.