L'amant double

Canal+
28/05/18 ~ 23:25 - 01:10

Une jeune femme fragile devient l’amante de jumeaux que tout oppose. Un film en trompe-l’œil et délicieusement ambigu, comme seul le cinéaste sait les faire. Critique : | Genre : faux-Semblants. Chloé a mal. Au ventre, surtout. Quelque chose la ronge de l’intérieur. Rien de tel qu’un psy pour découvrir quoi. Celui qu’elle se choisit, Paul, est blond, doux, attentif, équilibré. Enfin pas tant que ça, puisqu’il lui déclare sa flamme et décide de vivre avec elle. Un jour, Chloé aperçoit son compagnon en conversation avec une autre — ce qu’il nie… Interdite, puis intriguée, Chloé découvre que Paul a un frère ­jumeau caché, psy comme lui… François Ozon est l’un des rares cinéastes actuels à distiller, de film en film, l’idée déconcertante que ses images mentent. Qu’elles peuvent tromper. Avec lui, on a toujours deux films pour le prix d’un : celui qu’il exhibe, avec des tours de passe-passe visibles, tel un styliste surdoué. Et celui qu’il dissimule et réserve aux plus exigeants… Côté spectacle, François Ozon multiplie les références (Brian De Palma, Alfred Hitchcock), qu’il assume et magnifie grâce à une mise en scène qui ne cesse d’insuffler une douce et suffocante sensation de malaise. Ce formalisme n’est qu’un trompe-l’œil : il lui permet de s’infiltrer, comme un voleur, dans l’inconscient de personnages imprévisibles et ambigus — on songe au moment, presque drôle, où Chloé s’aperçoit que les deux frères psys se désirent bien plus qu’ils ne la désirent, elle… Dans ce périple cru, cruel, brutal, le cinéaste cerne ses héros avec une précision de clinicien. Conforme, sans doute, à l’idée qu’il se fait de l’humanité : un monde de névrosés, cabossés et fragiles, séduisants et séducteurs, à jamais inguérissables.