La vraie Miss Marple : Margaret Rutherford

Arte
13/10/18 ~ 05:55 - 07:25

Pendant 36 ans, Margaret Rutherford a incarné l'une des héroïnes les plus populaires de la littérature et du cinéma britanniques : Miss Marple. Avec sa pointe d'humour toute britannique, Margaret Rutherford est restée dans les mémoires pour sa composition de la sagace détective d'Agatha Christie. Elle a marqué de son empreinte le septième art en tournant avec les plus grands, comme Charlie Chaplin ou Orson Welles. Sa morphologie et son allure la prédisposaient certainement à la comédie, un genre pour lequel elle donna l'essentiel de son énergie tout au long de sa carrière. C'est d'ailleurs grâce à son apparence charpentée et son sens de la répartie qu'elle a été repérée sur le planches du prestigieux «Old Vic Theatre», dans les années 1920. Critique : Ourlée de calamités, la vie de Margaret Rutherford a tout d'une tragi-comédie. Semi-­orpheline à 2 ans, après le suicide de sa mère, la comédienne britannique, disparue en 1972, grandit dans un cocon de mystification. Confiée à sa tante, elle découvre enfant que son père, qu'elle croyait mort, est interné. Cet homme ombrageux avait occis son propre paternel à coups de pot de chambre ! Hantée par le drame, celle qui campera Miss Marple dans cinq films se défiera des histoires policières... Le rôle la propulsera pourtant à l'acmé du succès, à 70 ans. Portrait d'une fantaisiste déguisée en maritorne, cette évocation d'une incurable ­cyclothymique captive. Le parcours laissait présager la pire hagiographie. Doté de propos circonstanciés — son petit-cousin et ex-ministre travailliste Tony Benn, la comédienne Damaris Hayman —, l'hommage se double d'un humour salvateur. Influencée par la culture edwardienne de sa jeunesse, Margaret Rutherford prisait haut le non-conformisme. Ceux qui l'ont approchée témoignent avec verdeur de son exubérance. Et dessinent un tempérament leste qui se gobergeait d'illusions entre deux crises de dépression.— Hélène Rochette