La voix de la lune

Arte
20/01/19 ~ 22:35 - 00:30

Un doux rêveur entend une voix qui monte d'un puits. Ce n'est pas la Vérité qui parle, c'est la Lune. Son message est énigmatique, comme ce récit en zigzag. Pour son dernier film, Fellini nous entraîne dans des régions étranges et dénonce la vulgarité des années 80. Critique : Le dernier film du fantasmagorique Fellini se devait d’être particulier. Il le fut, formidablement. Et son étrangeté déstabilisa même les fidèles du maestro. Où voulait-il en venir, où s’agissait-il de nous entraîner ? Sans doute, dans l’au-delà. Une vie où l’on peut retrouver ceux que l’on a aimés : ils n’ont pas changé, ils sont comme dans notre souvenir. De quoi laisser le souriant Ivo (Roberto Benigni) émerveillé, et interloqué. Sur son chemin, il croise un préfet (Paolo Villaggio) qui prépare la reddition des comptes. Et des anonymes qui s’interrogent : « A quoi bon nous faire naître ? », « Le paradis existe-t-il ? – Je dirais oui, à cinquante pour cent ». Ces adieux à la terre ouvrent sur une rencontre avec la lune : elle parle, elle descend même jusque dans une maison, elle est la féminité consolatrice et le bien commun, qui nous rassemble tous. Cortèges, danses, l’autre monde de Fellini est plein de monde : foule de gens qui courent à la fête du gnocchi, statues de la madone livrées en séries, foule d’images, de visions aussi. La générosité du film se cogne parfois à une pièce curieusement vide, à un espace déserté, signe que la vraie vie n’est plus tout à fait là… Le mystère n’est jamais dissipé. Si le téléspectateur se sent perdu, il doit écouter la lune : « Gare à celui qui comprend ! », car après, tout est fini. Rien ne l’est donc dans ce film qui retrouve, à travers Roberto Benigni, la grâce de Charlie Chaplin, l’amusement et la poésie. Les meilleurs guides pour tout voyage, quelle que soit la destination.   Dans le cadre du « Winter of Moon », précédé du film de Norman Jewison (USA, 1987) Eclair de lune et suivi du documentaire Moonwalk one, sur Apollo 11.