La petite

Arte
27/11/18 ~ 00:30 - 01:35

La jolie Margaretella fait tourner toutes les têtes. Amoureux transi, Tore est prêt à dilapider sa fortune pour l'impressionner. Mais Margaretella entame une liaison avec un autre homme, Carluccio... Critique : Tout à coup, on a voyagé dans le temps : le monde d’avant nous saute aux yeux. On est à l’été 1922, à Naples, et ils sont tous là, les Napolitains de la rue et des balcons, ceux qui font bombance, portant à leur bouche édentée les spaghettis enroulés autour de leur fourchette, ou ceux qui ­fêtent leurs saints — la procession de la Madonna del Carmine, au cœur de juillet. Fiction, document ethnographique ? Les frontières se brouillent à l’émouvante ­vision d’È Piccerella (littéralement « la petiote ») réalisée en 1922 par une pionnière du cinéma italien, l’Alice Guy transalpine, Elvira Notari (1875-1946). A la tête de Dora Films, celle qu’on ­appelait « la Maréchale » tourna dans les ­an­nées 1910-1920, épaulée par son mari directeur de la photographie, une cinquantaine de films qui documentent de façon magique le Naples de ces années-là. Elle filmait souvent son fils, Eduardo Notari, enfant vedette, qui joue ici le frère du héros. Elvira avait l’art de faire récit de rien : È Pic­cerella est la mise en images d’une chanson signée Libero Bovio (1883-1942), auteur prosélyte du dialecte napolitain. Une histoire d’amour triste, bien sûr : on y voit un honnête artisan perdre la tête et dilapider sa maigre fortune pour les beaux yeux d’une jeune fille qui ne sait pas à qui donner son cœur, victime de sa coquetterie et du plaisir de vivre… On dirait un « prequel » de L’Amie prodigieuse. Bien aidé par la nouvelle partition du compositeur et violoncelliste Enrico Melozzi (qui inclut subtilement la chanson originelle), le film dresse un pont entre opéra vériste et néoréalisme. Rap­pelons que les films d’Elvira Notari voya­gèrent énormément, notamment en Amérique, où les émigrants se replongeaient avec plaisir dans leur patrie délaissée… Une vraie ­découverte.