La nuit est à elles

Arte
Paris 1919-1939
30/12/18 ~ 06:55 - 08:30

Au sortir de la Grande Guerre, le désir de s'amuser pour tout oublier est le ferment d'une floraison de music-halls et de cabarets parisiens. Dans une époque toujours fermement patriarcale, la capitale sacre ainsi nombre de reines de la nuit. Gaby Deslys, Mistinguett, Joséphine Baker ou Suzy Solidor s'imposent en égéries délurées et provocantes, donnant au divertissement une dimension nouvelle. Chanteuses et danseuses d'exception, meneuses de revue, elles mènent, pendant les Années folles et après la Dépression, d'éblouissantes et tapageuses carrières sur les scènes du Moulin-Rouge, du Casino de Paris ou des Folies-Bergère. Critique : Elles affichaient leur sex-appeal, fumaient des cigarettes, portaient le pantalon ou des costumes de bain audacieux, faisaient éternuer la société patriarcale en agitant sous son nez leurs plumes, leur paillettes… Gaby Deslys, Mistinguett, Joséphine Baker ou Suzy Solidor ont fasciné le Tout-Paris, imposant plus qu’un talent, une modernité et une audace hors du commun. De la Belle Epoque à la Seconde Guerre mondiale, Carole Wrona revisite la saga des nuits parisiennes à travers ces figures de femmes fortes, meneuses de revues ou chanteuses, « people » avant l’heure, qui, pour certaines, ont même « fabriqué » les hommes célèbres de leur temps. L’occasion de rappeler que Mistinguett a découvert Jean Gabin, ou façonné son jeune amant, Maurice Chevalier… Narré à plusieurs voix, pimenté d’archives rares et de mélodies roucoulantes, le film exhume certaines grandes figures un peu oubliées (comme Marianne Oswald, la reine des cabarets berlinois), et retrace aussi les mutations de l’industrie du divertissement : la concurrence du cinéma, qui pique au music-hall ses vedettes, la crise de 1929, marquant la disparition progressive des revues à tableaux fastueuses du music-hall au profit des cabarets feutrés, puis la Seconde Guerre mondiale, dont émergeront les caves de jazz… En mixant collages, dessins, panneaux, la réalisation parvient à faire revivre, avec panache, les sons et les couleurs de ces riches décennies.