La nuit du chasseur

Arte
29/07/18 ~ 09:55 - 11:25

Unique réalisation de Laughton, pépite scintillante au noir et blanc soyeux pour illustrer la peur et le courage de deux orphelins traqués par un prédicateur criminel. Magique. Critique : | Genre : hate and love. De Marguerite Duras à Serge Daney, ils sont une poignée de passeurs à s’être exaltés sur ce film, météore secret avant la reconnaissance offi­cielle. Soutenu au scénario par l’écrivain et critique James Agee, à la lumière par Stanley Cortez, l’acteur Charles Laughton signait là son unique réalisation, pépite scintillante au noir et blanc soyeux qui renferme la peur et le courage de deux orphelins seuls au monde. Traqués par un prédicateur criminel fou d’argent et de haine (l’immense Robert Mitchum), John le blondinet et sa ­petite sœur poupine, Pearl, s’enfuient comme dans les contes de notre enfance. Rivière sinueuse et magique, voûte étoilée, bestiaire étrange… D’où a surgi ce film ? Où file-t-il, dans l’urgence lente de sa flânerie ? Vers la nuit des temps ? On est ébloui par sa double face, immémoriale et moderne. Western, polar, fable, ballade (un negro spiritual en leitmotiv), farce (Harry Powell est aussi un méchant ridicule), il semble tout contenir, embrasser tous les paysages (ville, village, campagne) et tous les âges. Il semble même, l’instant incongru d’une communion dans le chant, rapprocher l’ogre de la grand-mère charitable (la merveilleuse Lillian Gish). Protection et danger, amour et haine, vie et mort, enfance et vieillesse : c’est en reliant tous ces thèmes que le film rejoint les plus grands contes.