La mort de Staline

Canal+
08/04/19 ~ 23:20 - 01:05

Le 5 mars 1953, Staline est victime d'une attaque cérébrale. On cherche un médecin pour s’apercevoir qu’il n’y en a plus depuis que l’on a envoyé ses médecins au goulag à la suite du Procès des blouses blanches et le respirateur artificiel ne peut pas fonctionner car cette machine américaine n’est pas compatible avec les prises de courant du Kremlin. Staline décdé, son entourage se bat pour récupérer le pouvoir. La bataille fait rage au sein du Politburo pour la succession du "petit père des peuples", entre Lavrenti Pavlovitch Beria, jusqu'alors ministre de l'Intérieur, et Nikita Khrouchtchev, membre du Comité central du PCUS... Critique : Dans l’Union soviétique de Staline, la peur était le fondement du pouvoir. Armando Iannucci, maître de la satire politique (In the loop), l’a bien compris : dans son récit de l’agonie du Petit Père des peuples, puis de sa guerre de succession éclair, l’angoisse des personnages est, à juste titre, permanente. Mais son intensité confine à l’absurde. Et transforme tout — les situations, les paroles, les êtres humains — en caricature. Donc, en farce. Les joutes verbales, à la fois très littéraires et très crues, sont la marque de fabrique d’Iannucci. Il leur ajoute, ici, un vrai sens du burlesque grâce au fils taré de Staline, un général d’opérette qui fait basculer le film dans l’univers des Marx (Brothers, pas Karl). Rupert Friend, son interprète, et ses partenaires américains (Steve Buscemi, irrésistible en Khrouchtchev) ou anglais (l’ex-Monty Python Michael Palin, étonnant en Molotov) s’en donnent à cœur joie. Jason Isaacs transforme le maréchal Joukov, héros multigalonné de la Seconde Guerre mondiale, en hilarante brute au langage fleuri. Mais on doit la performance la plus impressionnante à Simon Russell Beale, dans le rôle de Beria. Ce grand comédien shakespearien, peu connu en France, compose un patron de la police politique complexe, à la fois monstre et bouffon, repoussant et fascinant. Avec lui, le rire se fige souvent. Et la comédie cruelle flirte avec la tragédie.