La Marie du port

France 5
08/12/20 ~ 00:10 - 01:45

Une jeune femme supplante sa sœur dans le cœur d'un patron d'une brasserie. Solide mise en scène de Carné (avec une participation de Prévert) et belle composition de Gabin apprenant à jouer les patriarches. - Critique : Film de Marcel Carné (France, 1949). Scénario : Georges Ribe­mont-Dessaignes, Louis Chavance, M. Carné, d'après Simenon. Musique : Joseph Kosma. NB. 100 mn. NB. Avec Blanchette Brunoy : Odile. Jean Gabin : Cha­telard. Nicole Courcel : Marie. Genre : drame normand. Odile revient à Port-en-Bessin, son village natal, pour l'enterrement de son père. Elle vit en concubinage avec Chatelard, le riche patron de la Brasserie centrale de Cherbourg, mais leur couple bat de l'aile. Chatelard rencontre Marie, la jeune soeur d'Odile. Fascination réciproque de « l'homme à femmes » pour cette jeune rebelle, et de Marie pour celui qui pourrait l'emmener loin de Port-en-Bessin... Il est de bon ton de mépriser la seconde partie de la carrière de Carné, qui démarra au lendemain de la guerre. Comme Les Portes de la nuit, bien supérieures à leur injuste réputation, cette Marie du port témoigne d'un goût très sûr de la mise en scène, exemplaire de justesse et d'économie. La collaboration avec Prévert a pris fin - l'écrivain signe quelques dialogues, mais ne souhaite pas figurer au générique - et c'est le crépuscule du « réalisme poétique ». On pourrait presque parler d'existentialisme amer : les personnages ne sont plus les jouets du destin, ils ont leur libre arbitre, mais ne peuvent l'exercer à cause de l'exiguïté du décor et des conventions sociales. De Port-en-Bessin à Cherbourg, du bistrot pour marins au restau de sous-préfecture, seule la taille du comptoir change. Il faudrait partir plus loin, remarque Gabin, visionnant des images du Tabou de Murnau... Mais, telle Odile paressant au lit (formidable Blanchette Brunoy !), les personnages restent immobiles, ne voyant que des impasses à leur vie.