La gueule de l'emploi

LCP
28/04/18 ~ 17:00 - 18:40

Dix candidats, des commerciaux en quête d'emploi, sont convoqués pour une session de recrutement collectif. Ils ont deux jours pour se distinguer les uns des autres et espérer décrocher un poste. Les candidats sont soumis à une avalanche de questions qui, pour beaucoup, n'ont rien à voir avec le travail auquel ils aspirent. Ils sont contraints à des tests souvent infantilisants, voire humiliants. L'entretien d'embauche n'a rien d'une sinécure et ressemble plus à une entreprise de déstabilisation qu'à une évaluation réelle des compétences. Tout est mis en oeuvre pour pousser les candidats à l'affrontement, comme dans un jeu télévisé qui consiste à éliminer le soi-disant plus faible de l'équipe. Une épreuve dont on ne sort pas indemne. Critique : « Hervé, le débat doit profiter à tout le monde. Y a des gens qui travaillent. Un peu de respect. [...] Hervé, si j'ai besoin d'un avocat, je ferai appel à vous. Là, je cherche un vendeur. [...] La cravate, Hervé, c'est une prescription médicale ? » Belle gueule indisciplinée, Hervé a bien du mal avec le dispositif imaginé par le cabinet de conseil en recrutement, mandaté par le GAN pour lui dénicher des commerciaux. Une session de deux jours où dix hommes et femmes vont devoir se distinguer pour décrocher le boulot. Au fil des jeux de rôle, scandés par les humiliations et les déstabilisations, l'affrontement entre les candidats va crescendo. « On n'est pas au pays de Barbie. Mais là, on écrase trop l'autre, observe Gérard. On joue le jeu du recruteur, qui s'est régalé. » Quand d'aucuns abdiquent, préférant partir, comme Didier, gêné à l'idée de « vendre un être humain comme par le passé », d'autres n'hésitent pas à pousser leur avantage de façon immonde : « Julie, elle est bonne pour faire vendeuse chez Pimkie, elle a pas le profil du tout. » Sous l'oeil de la caméra de Didier Cros se déploient, en temps réel, la violence et la cruauté du monde du travail. Mêlant deux niveaux de narration - la captation des séances collectives et le débriefing individuel quinze jours plus tard -, le documentaire restitue la montée en puissance des individualités antagoniques au sein du groupe, les mécanismes, attisés par le staff des recruteurs, qui mènent à l'affrontement et à l'élimination symbolique des plus fragiles ou des moins soumis. Insensiblement, la dramaturgie broyeuse se noue, ironiquement ourlée de la bande-son de La séquence du spectateur. Surlignant, par son ironie grinçante, l'obscénité du processus de recrutement, symptomatique d'une société de plus en plus âpre.
 
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