La fuite

Arte
08/06/18 ~ 02:00 - 03:35

Arrivé dans la ville turque d'Edirne, Cabir, un Syrien, s'apprête à traverser la rivière Maritsa pour passer en Grèce avec un groupe de migrants. Mais l'opération échoue, et il doit prendre la fuite. Attaqué par un pêcheur de grenouilles auquel il a volé de quoi manger, Cabir l'assomme et le laisse pour mort avant de trouver refuge dans une grange, épuisé et malade. Au matin, il est découvert par Aliye. D'abord apeurée, la jeune femme, qui tient seule la ferme en l'absence de son mari, finit par se laisser émouvoir et lui offre l'hospitalité. Mais Cabir est hanté par le fantôme du pêcheur de grenouilles, reconnu sur une photographie comme étant l'époux de sa bienfaitrice... Critique : | Genre : Barrière de la langue. Ce premier long métrage de fiction d’un documentariste se déroule aux portes de l’Europe, près de la ville d’Edirne, en Turquie, aux frontières de la Grèce et de la Bulgarie. Soit l’un des points de passage obligé pour de nombreux Syriens ayant fui leur pays. Dès l’ouverture, âpre et percutante, Kenan Kavut montre à quel point la traque des migrants par la police y est déshumanisante : le héros, fugitif après une traversée de rivière avortée, semble se fondre dans les bois et la boue. Lorsque La Fuite se replie ensuite dans une ferme isolée, il devient une espèce de film à deux têtes : d’un côté, le clandestin obligé de se cacher, de l’autre, une femme turque confrontée à un mari absent et violent. Comme ils ne parlent pas la même langue, le dialogue entre eux relève plutôt de la succession de monologues : artifice théâtral qui rompt avantageusement avec le réalisme presque documentaire de l’ensemble (construction d’un radeau, travaux agricoles). A défaut de franchir physiquement les barrières, le couple parvient peu à peu, par mimes ou par dessins, à briser celle du langage. Nul besoin de se comprendre précisément pour aider et pour aimer, suggère le réalisateur.