La ferme des sept péchés

France 3
09/04/18 ~ 00:55 - 02:25

Le 10 avril 1825, sous la Restauration. Dans une forêt de Touraine, quatre hommes entendent un coup de feu. Au même moment, dans une propriété voisine, la Michèle, servante de son état, grogne contre le retard de son maître et la vexante perspective de voir refroidir la soupe vespérale. Son mari, parti dans la nuit à sa recherche, découvre son cadavre : Paul-Louis Courier a été assassiné. L'interrogatoire des témoins fait apparaître les multiples facettes du personnage, pingre et peu charitable selon sa servante, altruiste, au contraire, et solidaire de la misère des paysans, selon le marquis de Siblas. Les couplets pamphlétaires publiés par feu l'écrivain contre l'ordre politique et religieux établi par la Restauration font pencher le juge d'instruction, républicain, pour la thèse du crime politique, tandis que le procureur du roi, soucieux d'étouffer l'affaire, privilégie celle du meurtre domestique... Critique : 1825. Qui a tué Paul-Louis Courier ? Pamphlétaire virulent et républicain convaincu, il ne comptait que des ennemis dans la France de la Restauration. Mari jaloux, maître de maison tyrannique et avaricieux, il n’était pas plus aimé de sa femme et de ses domestiques. A travers l’enquête et les témoignages, le procureur du roi reconstitue la vie d’un homme exceptionnel et difficile. Le film retrace de manière originale et rigoureuse la vie d’un célèbre trublion, dont la mort ne fut jamais vraiment élucidée. La biographie prend ici la forme, à la fois ludique et dramatique, d’une enquête policière, permettant une suite insolite de flash-back, de plans fixes sur les témoins s’adressant directement au spectateur. Jean Devaivre multiplie les jeux de caméra et les modes de narration, comme pour faire mieux briller les multiples facettes d’un homme ambigu, idéaliste et aigri, généreux et odieux. Paul-Louis Courier n’existe que dans le regard de ceux qui l’ont connu, et Jacques Dumesnil joue à merveille de ces différents discours subjectifs, modulant sans cesse son personnage. La reconstitution historique, volontairement sobre, laisse la part belle à l’étude des passions et des caractères. On remarque notamment, en idiot du village, un Jacques Dufilho juvénile et débutant, qui fut la révélation du film.