La ferme des animaux

Arte
22/06/18 ~ 01:40 - 02:55

A la ferme du manoir, le fermier Jones passe le plus clair de son temps à boire et à maltraiter ses animaux. Ceux-ci, las de ne servir à rien et de supporter ses humeurs, organisent une révolte. Aussitôt débarrassés de leur dictateur humain, les animaux tentent de créer une nouvelle société où tous les animaux seraient égaux. Mais hiérarchie et luttes de pouvoir s'en mêlent. Et bientôt, une nouvelle structure, tout aussi inique, se crée... Critique : Dessin animé de John Halas et Joy Batchelor (Animal Farm, GB, 1954). D'après George Orwell. 70 mn. VF. Inédit. Le genre : la loi du plus porc. Révolution en rase campagne : les animaux d'une ferme anglaise expulsent M. Jones, le paysan qui les exploite depuis trop longtemps. A la ferme, une nouvelle société s'organise. On affiche un règlement : « Tout ce qui a deux jambes est un ennemi. » Les poules et les oiseaux protestent. On ajoute : « Tout ce qui a quatre jambes ou possède des ailes est un ami. » La gestion de la ferme reprend, entièrement contrôlée par les animaux... Les lecteurs d'Orwell connaissent bien cette fable. L'auteur de 1984 l'écrivit en 1945, cinq ans avant de mourir. Comme dans 1984, il y dénonçait les horreurs du totalitarisme. Car, très vite, une nouvelle classe d'exploiteurs apparaît. Les cochons prennent le pouvoir, dirigés par le plus tyrannique d'entre eux. Un des articles du règlement est modifié. A « Aucun animal ne tuera un autre animal », on ajoute « sauf cas d'exception ». Pourquoi a-t-il fallu attendre près de quarante ans pour découvrir, en France, ce passionnant dessin animé ? Lors de sa sortie en Angleterre, en avril 1954, il fut aussitôt couronné meilleur film de l'année par la critique. Aujourd'hui, il semble doublement original. D'abord, parce qu'avec son ironie à la Swift et sa tonalité dramatique il ne s'adresse pas aux bambins, mais aux adolescents et à leurs parents. Ensuite, parce que, malgré la patine du temps, son message est toujours d'actualité. On admirera la stylisation des décors, plus proches de la peinture que du réalisme douceâtre à la Disney, alors en pleine vogue. Et l'on retiendra la formule parodique d'Orwell : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres. » Bernard Génin