La cravate

Canal+
10/02/21 ~ 01:50 - 03:28

Agé de vingt ans, Bastien sort avec une jeune femme d’extrême gauche et vit entouré d’amis non-politisés qui, selon lui, ne lui en tienne pas rigueur de militer au Rassemblement National. Quand débute la campagne présentielle en 2017, il prend des galons et affiche ses ambitions au sein du parti. Le jeune homme lit et réagit, assis dans un fauteuil, au récit de sa vie qu'on écrit les réalisateurs. A travers son portrait, se dessine l’organisation et les stratégies du parti politique d'extrême-droite.... - Critique : Les avis sont partagés Pour 2T Bastien Régnier a 20 ans, le crâne rasé et les dents longues. Ce jeune militant rêve de faire son trou dans le parti de Marine Le Pen. Mais pour l’heure, gau­che et inexpérimenté, il s’active à Amiens dans la modeste permanence départementale du FN (pas encore RN). Les documentaristes le filment de novembre 2016 à juillet 2017, tout au long de cette campagne qui verra sa formation politique se hisser au second tour de l’élection. Est-ce parce que la victoire n’a jamais été aussi proche qu’il accepte la présence de réalisateurs a priori opposés à ses idées ? Mais ce n’est pas un regard moralisateur que Chaillou et Théry posent sur lui. Il ne s’agit pas de s’indigner, mais de décrire au plus près le cheminement de sa pensée. Pour ce faire, les auteurs ont recours à un dispositif ­singulier. À la lumière de ce qu’ils ont appris de lui au fil des mois, ils ont composé un texte au style littéraire, dit par une voix off, qui prête à Bastien toutes sortes de sentiments et de réflexions. Au risque d’affabuler ? Au terme du tournage, ils font relire à l’intéressé ce manuscrit, face caméra, afin que le jeune homme commente chaque passage. Le procédé imprègne le projet d’une certaine équité, il permet d’éclairer avec une rare finesse le parcours d’un militant d’extrême droite et d’ausculter en profondeur les ressorts psychologiques qui conduisent un garçon de 20 ans à adhérer tout entier à une idéologie résolument populiste et xénophobe. — Marc Belpois Contre On n'aime pas Bastien Régnier parcourt le récit de sa vie couché sur le papier, affichant le sourire satisfait de qui n’en revient pas de tant d’attention. Ailleurs, le texte lu par la voix off oriente notre interprétation de ce qu’il donne à voir. Conscients de la dureté du procédé qui dessaisit, fût-ce avec son accord, le sujet de lui-même, les auteurs font preuve, dans leurs propos à son égard, d’une onctueuse bienveillance, censée compenser la violence qu’ils lui infligent en se servant de lui. Victime de leur hypocrisie, Bastien Régnier se demande à la fin, s’il est « un connard ». Un naïf, tout au plus, est-on tenté de lui répondre, identifié comme tel par les deux documentaristes, adeptes non assumés de l’abus de pouvoir. — François Ekchajzer