La couleur du mensonge

France O
30/07/18 ~ 20:55 - 22:40

Sous un titre français ridicule, une adaptation de La Tache, le beau roman de Philip Roth. On retrouve l'histoire de ce prof de fac qui remâche son passé, et le secret qui a scellé son ascension. Mais où est la richesse du texte dans cette illustration académique ? Critique : A peine avait-on fini le livre ­ passionnant, mais imposant ­ que le film déboule. Gloutonnerie récurrente du cinéma américain qui le pousse à avaler illico les bouquins qui comptent, rarement pour le meilleur, parfois pour le n'importe quoi. Le pire, ici, est anecdotique : c'est le titre français. Donc, les distributeurs comptent si peu sur la renommée de La Tache, roman-somme de Philip Roth, qu'ils s'escriment bêtement à en surdramatiser l'adaptation... ! Le film témoigne de davantage de dignité, et reste globalement fidèle à l'oeuvre littéraire. Trop, peut-être. Des quatre cent cinquante pages qui content le destin de Coleman Silk, voilà ­ en un peu moins de deux heures ­ le squelette dramatique, l'essentiel des faits : comment un jeune Black à la peau très pâle grimpe dans la société en cachant sa « négritude » ; comment, alors qu'il est devenu un prof d'université respecté, les ravages absurdes du « politiquement correct » le poussent à la retraite ; comment cette nouvelle vie ­ et la rencontre d'une jeune et rude beauté ­ le libère des convenances et de son secret. Tout est là, donc. Flash-back au cordeau ac- teurs célèbres imprégnés de leur rôle (Anthony Hopkins mieux que Nicole Kidman, fille de ferme à l'impeccable brushing), mise en scène discrète. Manque l'essentiel : non seulement le style, mais la résonance que Philip Roth donnait au récit par son ampleur, par la richesse foisonnante des détails, par la façon dont ces destins individuels entrelacés incarnant les rêves (brisés) d'une Amérique déboussolée. Au final, l'illustration n'est pas déshonorante, mais elle est d'une platitude désespérément académique - Aurélien Ferenczi