La Bleuite, l'autre guerre d'Algérie

France 5
26/05/18 ~ 02:10 - 03:00

En 1957, au coeur des ruelles obscures de la casbah d'Alger s'est déroulée la plus vaste opération jamais montée par les services français contre le FLN algérien. Son nom : la «Bleuite». Cette opération complexe a été conçue et organisée par un seul homme : le capitaine Paul-Alain Léger. Ni la France qui a gagné cette guerre de l'ombre, ni l'Algérie qui en a payé le prix fort, n'aiment évoquer cette intervention. Critique : Pan méconnu de la guerre d’Algérie, car occulté de part et d’autre de la Méditerranée, la bleuite constitua la plus vaste opération jamais montée par les services secrets français contre le FLN. Son objectif : infiltrer, noyauter, intoxiquer… pour détruire de l’intérieur le mouvement de libération. De la casbah d’Alger aux maquis de l’ALN, la manipulation sophistiquée, imaginée par un ancien d’Indochine, se solda par des purges délirantes au sein du FLN. Toute une génération de cadres et d’intellectuels éradiquée (on parle de quatre mille victimes), qui fera défaut au pays à l’aube de son indépendance. Reposant essentiellement sur le commentaire expert du grand reporter Jean-Paul Mari et les témoignages des « rescapés » de ce terrifiant enfumage, le documentaire éclaire les coulisses et les ressorts de cette « guerre de l’ombre » menée en parallèle du conflit conventionnel. Car, en dépit des arrestations massives et du recours intensif à la torture, la bataille d’Alger n’avait pas permis de débusquer Yacef Saadi, son chef dans la capitale. Pas plus que de juguler l’activité du responsable de la wilaya III, en Kabylie, le colonel Amirouche. Spécialiste de la guerre révolutionnaire, rompu aux techniques de guérilla et de subversion, le capitaine Léger s’emploiera à « retourner » des prisonniers FLN, à infiltrer ses agents dormants dans le camp adverse, à instiller à coup de bluffs insolents le soupçon de la traîtrise. Au-delà de la « révélation » d’une séquence dont aucun des belligérants ne s’est jamais enorgueilli, le film pointe la prégnance toujours vivace de ce poison dans la société algérienne, les déchirures fratricides non refermées. Le sentiment violent d’un gâchis, d’une tache originelle sur un pays naissant.