La belle et la belle

Canal+
18/03/19 ~ 10:15 - 11:50

Margaux, 45 ans, monte à Paris pour son travail. Lors d'une soirée, elle rencontre Margaux, qui a vingt ans de moins. Au fil de leur discussion, elles réalisent, stupéfaites, qu'elles ne sont qu'une même et seule personne. Dès lors, Margaux va aider sa nouvelle amie à ne pas commettre les mêmes erreurs. Margaux, jeune, découvre qu'elle va se mettre à fumer, devenir professeur et surtout tomber dans les bras du séduisant Marc... Critique : Une femme rencontre une jeune fille qui n’est autre qu’elle-même, avec vingt ans de moins. On suit d’abord en alternance la Margaux mature (Sandrine Kiberlain), prof d’histoire-géo lyonnaise, en congé sabbatique, et la Margaux juvénile (Agathe Bonitzer), Parisienne qui expérimente, sans précautions, les possibles de son âge. Mais le film trouve le ton avec la première rencontre effective des deux femmes, dans une belle scène au miroir digne de Blake Edwards, où leurs mots et leurs gestes riment irrésistiblement, malgré leur dissemblance. Qu’ont-elles à se dire, ces deux Margaux qui n’en font qu’une ? La plus jeune a sans doute à apprendre de ­l’expérience de l’autre. La plus mûre a peut-être besoin de faire la paix avec une part ancienne d’elle-même. Mais rien n’est formulé explicitement. La confrontation, très finement dialoguée, est ramenée à des situations quotidiennes. Le surréalisme de l’argument, ainsi minoré, n’en est que plus savoureux. L’arrivée du personnage masculin (Melvil Poupaud) lance un défi supplémentaire à la raison cartésienne : il est à la fois l’amour de jeunesse de Margaux quadragénaire et l’amant momentané de la ­nouvelle Margaux. Avec ce trio sans logique, le film gagne pourtant en profondeur, devient une réflexion émouvante sur le poids variable des années et la persistance des vrais sentiments. Idéalisme et invention vont, parfois, bien ensemble.