La belle époque

Canal+
15/02/21 ~ 13:37 - 15:29

Antoine propose à des clients fortunés de vivre la période de leur choix en la reconstituant avec décors soignés et acteurs au cordeau. Victor, dessinateur de presse au chômage depuis que son meilleur ami, François l’a viré du journal pour lequel il travaillait depuis trente ans. Il vient de se faire virer de chez lui par sa femme, Marianne, une psychanalyste, et est à court d'argent. Sauf qu'Antoine, pour une raison très personnelle, lui offre un flash-back de son choix. Ce sera le 6 mai 1974, le jour où Victor a rencontré sa femme. Pour l'incarner, Antoine choisit sa chérie. Enfin, son ex-chérie. La comédienne joue si bien que Victor en tombe littéralement amoureux... - Critique : Le cinéma comme machine à remonter le temps : merveilleuse évidence qui sert à La Belle Époque un argument en or. Allergique à notre siècle « connecté », Victor (Daniel Auteuil), dessinateur de BD en manque d’inspiration et vieux mari en panne d’amour, se voit offrir un voyage vers… la date de son choix. Rien de surnaturel dans les séjours que commercialise Antoine (Guillaume Canet), puisque ses mises en scène doivent tout aux artifices de la fiction : décors, costumes, éclairages, comédiens, et hop ! le tour est joué. Quand sa femme (Fanny Ardant, électrique) le jette dehors, Victor met le cap sur le jour de leur rencontre, en 1974… Pantalon pattes d’eph, moustache et blouson de cuir ajusté, voilà le sexagénaire qui revisite le bon vieux temps dans un faux café peuplé de faux clients mais vraiment enfumé. Son acide épouse prend, dans la reconstitution, les traits de la piquante Doria Tillier, à qui l’on indique dialogues et didascalies via une oreillette depuis la régie. L’Homo nostalgicus tombera-t-il amoureux de la doublure ? Si le vaudeville contemporain qui se joue en coulisses, centré sur le duo Canet-Tillier, convainc nettement moins, il y a un bonheur mélancolique à se réfugier dans ce passé retrouvé, et nécessairement réinventé par le biais du film dans le film, avec Daniel Auteuil. On se rappelle soudain quel acteur immense il peut être et combien, faute de rôles à sa mesure, il nous a manqué ces dernières années.