Kings

Canal+
13/03/19 ~ 00:45 - 02:05

1992, dans un quartier populaire de Los Angeles. Millie, mère de famille célibataire, accueille chez elle des enfants sans parents. Elle tente de leur apporter amour et sens des valeurs. La petite tribu fait du bruit, ce qui a le don d'agacer Ollie, son voisin et seul blanc du quartier. A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. L'acquittement des quatre policiers impliqués dans le tabassage du jeune homme déclenche des émeutes sans précédent à Los Angeles. Alors que l'un de ses enfants y participe, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille... Critique : Combien en a-t-elle, des enfants ? Une tripotée, qui déborde de la maison et qu’elle couve en mère poule. Il y a les siens et ceux des autres, qu’elle abrite en attendant leur adoption. Cette mère courageuse, Millie (Halle Berry), tranche avec les personnages habituels de ce genre de cinéma en prise avec le réel. Car nous sommes en 1992, à la veille des émeutes sanglantes qui ont ravagé le ghetto de South Central, à Los Angeles, majoritairement habité par des Afro-Américains. Un contexte violent, mais tempéré, donc, par cette figure maternelle. Autour de la maison, la ville implose. La réalisatrice filme la confusion qui gagne le quartier et la famille de Millie, en voie d’éparpillement. Kings combine les vues à petite et à grande échelle (plans impressionnants sur la ville qui brûle), brasse situations et personna­ges. Avec, toujours, ce leitmotiv obsédant, décisif, de la vidéo du passage à tabac de Rodney King, diffusée en boucle sur toutes les chaînes de télé. Le film montre que ce genre d’insurrection produit une multitude d’émotions, parfois opposées. Il y a les chanceux et les damnés, ceux qui gagnent un téléviseur à la faveur d’un pillage, ceux qui perdent un enfant. Deniz Gamze Ergüven mélange le drame et la comédie, les petites absurdités et les grandes injustices. La greffe entre les divers registres ne prend pas toujours. Certaines scènes rocambolesques ne tiennent pas leurs promesses. N’empêche, le regard kaléidoscopique de la réalisatrice séduit, comme sa manière de saisir le magma urbain sans jeter d’huile sur le feu.