Khibula

Arte
12/11/20 ~ 23:40 - 01:15

Le Président, dont on ignore le nom, s’est enfui après un coup d’État qui l’a chassé du pouvoir. Entouré d’un groupe de 15 fidèles, notamment son Premier Ministre, il arpente les montagnes du Caucase. Quand la bande se réfugie, dans un hôtel désert dont le gérant et la jeune réceptionniste semblent être la preuve que le peuple soutient encore le Président, ce dernier décide de rester et de ne pas quitter son cher pays. Le groupe apprend que certaines troupes de la Garde Nationale (qui sont de leur côté) sont en train d’essayer de se rassembler vers un réservoir d’eau, à deux jours de marche de là. Le Président et ses fidèles décident de les rejoindre... - Critique : Un chef d’Etat, contraint à l’exil après un putsch, revient dans son pays natal pour tenter de reconquérir le pouvoir. Entouré d’une quinzaine de proches, il parcourt les montagnes à la recherche de partisans… Khibula est le village dans lequel fut retrouvé le cadavre de Zviad Gamsakhurdia, le premier président démocratiquement élu de la ­Géorgie après l’effrondrement de l’Union soviétique. Vingt-quatre ans après, les circonstances de sa mort restent troubles. Suicide ? Assassinat par les services secrets russes ? Par ses sympathisants ? Si le beau film de George Ovashvili s’inspire de cette figure historique, il ne traite pas de géopolitique. Le cinéaste géorgien préfère raconter une histoire personnelle qui acquiert une portée universelle : le « président », jamais nommé, de Khibula (magnifiquement incarné par l’Iranien Hossein Mahjoub), représente l’archétype du puissant déchu, qui a tout perdu, son statut, son influ­ence, jusqu’à son autorité. L’ancien leader qui imposait le respect abandonne tout espoir de retour aux affaires. Et fuit, sous la menace croissante d’un ennemi invisible, de village en village, sans savoir s’il va être ­accueilli en héros ou en paria. Alors que, dans une scène digne d’Otar Iosseliani, ses derniers fidèles trouvent l’énergie de chanter et de danser, le « président » semble déjà résigné à l’inéluctable. Son errance tragique dans la neige est ponctuée par d’intenses ­séquences d’hallucinations. Et, comme dans les précédents films d’Ovashvili (L’Autre Rive, La Terre éphémère), par de superbes plans d’une nature nourricière et hostile, qui renvoie les hommes avides de pouvoir à leur vanité. A leur petitesse…