Kamikaze 1989

Arte
13/08/18 ~ 22:40 - 00:25

En 1989, la République fédérale allemande est le pays le plus riche du monde. Un grand consortium de presse domine la télévision et la presse écrite. Sa stratégie consiste à rendre la vie quotidienne plus «douce», en proposant quarante-huit chaînes de divertissement. Ce groupe monopolistique est soudain la cible d'une alerte à la bombe. Quatre mille personnes sont évacuées sur-le-champ, mais aucune explosion n'a lieu. Le lieutenant Jansen, policier bourru et alcoolique, est chargé de l'enquête. Il se lance avec zèle et beaucoup d'inconscience dans sa nouvelle mission. Il va mettre au jour de sombres machinations... Critique : | Genre : Polar d’anticipation. Ce curieux film mérite le détour, ne serait-ce que pour son interprète principal. Il s’agit en effet de la toute dernière apparition à l’écran du grand cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder avant sa mort, le 10 juin 1982, à l’âge de 37 ans. Alors qu’il préparait Querelle, sa fameuse adaptation de Jean Genet, il avait trouvé le temps d’incarner devant la caméra d’un autre cet étonnant inspecteur Jansen, flic bourru, charismatique et cireux, perpétuellement emballé dans un excentrique manteau léopard. Confuse et propice à la paranoïa, l’enquête de ce dernier le mène dans les coulisses d’une société futuriste dédiée au « bonheur », d’autant plus inquiétante qu’elle évoque étrangement notre présent. Au-delà d’un décorum daté, foisonnant de détails kitsch, de pop électronique et d’idées singulières — le poste de police abrite par exemple une boîte de nuit —, Kamikaze 1989 propose une description visionnaire de la domination des grands groupes multimédias, ou encore de l’omniprésence abrutissante de la télé-réalité : tout au long du récit, les écrans restent ainsi allumés sur un hypnotique « concours de rire ». Dans une Allemagne (de l’Ouest) urbaine et bétonnée, ce « retour vers le futur » est un voyage glaçant vers notre propre aliénation.