Juste avant la nuit

Arte
18/02/19 ~ 22:25 - 00:10

Un homme tue sa maîtresse. Tout le monde veut l'empêcher de se dénoncer, même sa femme… Chabrol critique une bourgeoisie prête à tout pour défendre l'ordre établi. Critique : Juste avant la nuit est le film miroir de La Femme infidèle, l’un des chefs-d’œuvre de Chabrol, tourné deux ans plus tôt. Mêmes acteurs (Michel Bouquet et Stéphane Audran, bouleversants), mêmes prénoms et situation sociale pour les deux personnages principaux (un couple de bourgeois dans une banlieue très chic de la ­région parisienne), mais le schéma dramatique est inversé : Charles ne tue plus l’amant de sa femme, Hélène, mais sa propre maîtresse ; il ne cherche plus à cacher son crime mais, au contraire, à le révéler… Chabrol aurait pu traiter avec ironie cette histoire d’un homme que tout le monde veut empêcher de se dénoncer. Il a choisi la tragédie filmée à l’épure, comme en sourdine — de nombreux dialogues sont tout juste chuchotés. Charles évoque les antihéros de Simenon mal à l’aise dans leur milieu, et dont le masque public dissimule à grand-peine les failles intimes. Il est aussi un personnage dostoïevskien, hanté par le péché. Son obsession de la justice se heurte aux mensonges d’une bourgeoisie pour qui la vérité est scandale, rupture de l’ordre établi. Comme si le crime était au fond moins grave que son aveu.
 
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