Joséphine Baker, première icône noire

Arte
24/03/19 ~ 17:35 - 18:30

En 1920, enfant pauvre du Missouri, Joséphine Baker fuit, à 13 ans, la famille de Blancs qui la traite en esclave pour suivre une troupe de théâtre. Après une incursion dans le music-hall à New York, elle s'exile à Paris. Toute l'Europe s'entiche de cette tornade scénique à la danse ébouriffante et aux multiples talents. Joséphine Baker devient l'objet d'une sincère adulation, mais aussi de fantasmes coloniaux peu reluisants. Ses tournées américaines ravivent en outre les traumatismes de l'enfance. Accusée par la communauté noire de n'avoir rien fait pour les siens, elle trouve sa voie dans l'engagement politique pendant la Seconde Guerre mondiale, puis auprès des militants des droits civiques. Critique : Il y a d’abord cette scène emblématique : la sublime Joséphine Baker se dandinant sous les feux des projecteurs devant des spectateurs survoltés. Lui succède l’image, plus rare, d’une autre Joséphine, vêtue de son uniforme des Forces françaises libres, seule femme à prendre la parole aux côtés de Martin Luther King lors de la marche pour les droits civiques à Washington, le 28 août 1963. Entre les deux époques, le film retrace d’un trait délicat et maîtrisé le parcours de la première star noire mondiale. Destin extraordinaire d’une fillette des bas-fonds de Saint-Louis, dans le Missouri, qui refusa de continuer à perdre sa vie à faire le ménage chez les Blancs, et tenta sa chance comme danseuse de cabaret à Harlem. Après ce premier coup de poker, ses premiers succès aux Etats-Unis, ce fut la Revue nègre, à Paris, l’hystérie de la Belle Epoque qui fit d’elle une égérie, et le miroir, surtout, de tous les fantasmes de la société coloniale. Sans qu’elle ne soit dupe de rien. En témoigne sa parole lucide, instinctive, qui enrichit et rafraîchit le regard porté sur cette artiste combattante qui ne put jamais se satisfaire de son seul succès personnel. De ses « deux amours », l’Amérique fut bien sûr le plus douloureux : que pèse la gloire face au poison de la ségrégation ? Cette douleur intime ne la quitta jamais, comme elle sourd sans cesse de ce portrait inspiré, construit autour de magnifiques archives.
 
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