John Ford, l'homme qui inventa l'Amérique

Arte
17/03/19 ~ 22:55 - 23:50

A la fois conteur et bâtisseur de la légende américaine, John Ford (1894-1973) fut bien plus qu'un grand faiseur de westerns. En près de 50 ans de carrière et 150 films, dont quelques monuments de l'histoire du 7e art – «La Chevauchée fantastique» (1939), «Les Raisins de la colère» (1940), «La Prisonnière du désert» (1956) ou «L'homme qui tua Liberty Valance» (1962) –, le cinéaste le plus oscarisé d'Hollywood (quatre trophées du meilleur réalisateur) n'a cessé de fixer sur pellicule le grand récit de l'Amérique, pour dépasser le mythe et révéler ses failles. Dans les paysages somptueux de l'Ouest sauvage, notamment la Monument Valley, entre l'Arizona et l'Utah, où il revint tourner inlassablement, il a d'abord forgé sa vision rêvée de son pays. Critique : « Comment avez-vous tourné cette scène incroyable, dans Trois Sublimes Canailles ? » A la question de Peter Bogdanovich, venu l’interviewer en 1969 à Monument Valley, qui a servi de cadre à plusieurs de ses films, John Ford, casquette vissée sur le crâne et cigare coincé entre l’index et le majeur, répond sans un sourire : « Avec une caméra » ! Le maître du western savait qu’à Hollywood il ne faisait pas bon passer pour un intellectuel. Aussi les archives dans lesquelles il s’exprime sèchement sur son art ne permettent pas de construire un portrait à sa mesure. Jean-Christophe Klotz a contourné l’obstacle en confrontant l’Ouest contemporain à celui dont il façonna la légende homérique avant d’en révéler l’envers. Prenant appui sur des propos recueillis auprès d’actuels habitants du Far West, sur des extraits de films soigneusement choisis et une excellente ­interview du biographe Joseph McBride, le documentariste bâtit un portrait plutôt original, qui révèle progressivement le sens profond d’une démarche dans ­laquelle les démons intérieurs de Ford conversent avec ceux des Etats-Unis. Ni vraiment biographique, ni tout à fait ­cinéphilique, le documentaire s’avère peu à peu puissamment politique. Tout juste pourra-t-on lui reprocher un commentaire un peu trop explicite, énoncé sans tellement de finesse, en porte-à-faux avec le caractère joliment suggestif de l’ensemble.