Joan Baez : The Fare Thee Well Tour

Arte
02/03/19 ~ 01:55 - 03:30

Après six décennies d'une carrière jalonnée de trente albums et d'infatigables combats en faveur des droits de l'homme, Joan Baez, «la reine du folk», à l'élégance intacte, a interprété, pieds nus et guitare en bandoulière, les standards de sa vie devant le public ému de l'Olympia, à Paris. De son timbre désormais délicatement voilé, Joan Baez a ainsi entonné les immortels «Don't Think Twice, it's All Right» et «Farewell, Angelina», de Bob Dylan, ou encore «Diamonds and Rust», en duo avec Grace Stumberg, avant un final mémorable au son de «Here's to You», hommage aux anarchistes italo-américains Sacco et Vanzetti envoyés à la chaise électrique en 1927, repris en choeur par la salle. Critique : Bien sûr, la voix n’est pas aussi lumineuse et éclatante que par le passé. Dans les aigus, on sent qu’elle s’aventure avec prudence. Mais l’émotion est là. D’autant plus palpable qu’on sait cette tournée être la dernière de Joan Baez. Et, après tout, ce timbre délicatement voilé, ces légères fêlures dans les sauts de registres, ­cela participe pleinement au charme de l’interprétation. Voilà comment, à 77 ans, la légendaire icône folk balaye et clôt six décennies d’une carrière hors norme, enchaînant avec bonheur les compositions (nombreuses) de l’ex-partenaire ­Dylan, celles (plus rares) de son album de 2018 (Whistle down the wind), avec des reprises de Brassens (Chanson pour l’Auvergnat), de Lennon (un Imagine très librement interprété), jusqu’à l’indispensable hymne Here’s to you en baisser de ­rideau. Le jeu de guitare est ample, fluide, expressif — bien plus intéressant que les bavardages en arrière-plan de son acolyte au banjo et à la mandoline. Le show est sobre, discret, sans ­esbroufe, à l’image de cet apaisant sourire dont la pasionaria américaine, dans sa posture toujours très statique, ne se ­départ jamais. Et pour peu qu’en fermant les yeux, dans les ­interstices entre les notes, on laisse remonter les images de ses combats pour la paix au xxe siècle, de Hanoï à Sarajevo, on réalise à quel point le moment est historique. Hélas sans chance de rattrapage : les dernières dates annoncées pour février 2019 à l’Olympia affichent complet…