Jean-Jacques Rousseau

Arte
Tout dire
26/01/19 ~ 06:30 - 08:00

A Genève, la statue de Jean-Jacques Rousseau a été tournée de 180 degrés pour faire face à la cité. C'est ainsi que, symboliquement, la ville helvète rend hommage à son citoyen le plus célèbre à l'occasion du tricentenaire de sa naissance. Le 28 juin 1712 est pourtant une date que le philosophe détesta toute sa vie. «La naissance fut le premier de mes malheurs», aimait-il à rappeler, sa mère étant morte en couches et son père l'abandonnant quelque temps après. A partir de ces drames annonciateurs d'une instabilité chronique, le documentaire de Katharina von Flotow égrène les étapes essentielles d'une existence qui a marqué son temps et largement influencé les siècles suivants. Critique : De l'inventivité du compositeur à la fougue du botaniste, les quêtes de Jean-Jacques Rousseau se conjuguent au pluriel. Trois siècles après sa naissance, le penseur helvète surprend toujours par l'abondance de son érudition. Faut-il louer en priorité le théoricien des causes de l'inégalité ? l'homme de révolte, l'Encyclopédiste ? Gagnée par une volonté d'exhaustivité, la réalisatrice se disperse dans les méandres d'une vie faite de prescience et de provocations mêlées. Des hauteurs de Chambéry, où le jeune philosophe s'encanaille chez Mme de Warens, jusqu'à la cour de Versailles, devant laquelle son opéra Le Devin du village est joué, le film respecte la chronologie. Parsemé d'interventions choisies — universitaires, conservateurs et biographes —, le portrait égrène les paradoxes : l'auteur du Contrat social refusa d'épouser sa maîtresse, et l'inventeur d'une pédagogie moderne (Emile ou De l'éducation) plaça sa progéniture aux Enfants-Trouvés. Outre ces charges rabâchées émergent les traits plus convaincants de l'initiateur d'une écologie raisonnée et de l'impudique précurseur de l'autofiction. Agréablement servie par les lectures du comédien Roger Jendly, cette peinture du vif esprit minore un peu trop la pensée politique de Rousseau. — Hélène Rochette