Jean Ziegler, l'optimisme de la volonté

Arte
03/04/18 ~ 23:00 - 00:35

En 1964, Jean Ziegler reçu l’ordre de Che Guevara de combattre «le Monstre capitaliste». Pour cela, il devait rester en Suisse. Ex-collaborateur de Kofi Annan, professeur et écrivain, ses livres sont des ouvrages références pour les intellectuels de gauche. Au Conseil des Droits de l’Homme, Ziegler combat les «fonds vautours», nouvel avatar du «Monstre». Il retourne à Cuba, matrice des forces anticapitalistes à ses yeux. La visite devient un dialogue entre réalité et symbolisme, confrontant sa pensée avec le destin de Cuba... Critique : Jean Ziegler tourne dans la cour d’un immeuble délabré de La Havane. Hésitant, il semble un peu déboussolé, ne sachant vers où diriger ses pas. Ce plan pourrait résumer ce portrait intimiste du militant communiste suisse au soir d’une vie passée à s’insurger contre les inégalités. Est-il encore en phase avec ce monde qui change ? A Cuba, où se déroule une partie du film, il veut croire coûte que coûte aux réussites de la révolution malgré le contrôle social et l’absence de liberté de la presse. Alors, quand il évoque la « poésie » des rues désertes de la capitale cubaine, sa femme, Erica, formidable en poil à gratter, rétorque « pénurie ». Faute d’avoir pu suivre Che Guevara en Amérique latine — ce dernier lui conseillant plutôt de lutter là où il vit —, Jean Ziegler est devenu « guérillero sous camouflage ». Essayiste prolifique, renommé notamment pour ses attaques contre la finance internationale, il a bataillé vingt-huit ans au sein du parlement suisse avant de poursuivre le combat comme conseiller aux Nations unies. Sa condition de petit-bourgeois privilégié l’oblige à se révolter. Car « même si la route est bordée de cadavres, elle mène à la justice », dit-il en citant Jaurès. Le cinéaste Nicolas Wadimoff, étudiant de Ziegler dans les années 70, bataille pour que cet homme habile, en constante représentation, fasse tomber le masque et reconnaisse des errements dans son parcours. Ni condamnation sans nuance, ni hagiographie, le film réussit à mettre en lumière les ambiguïtés de son engagement politique.