Jacques Doriot, le petit Führer français

France 3
03/10/18 ~ 03:15 - 04:15

Ancien bolchévique et révolutionnaire exalté, Jacques Doriot est devenu un collaborateur au service du régime nazi. Né en 1898 dans un milieu modeste, il est formé à Moscou au début des années 20. A 25 ans, il devient député communiste et maire de Saint-Denis à 32 ans. Eternel numéro deux, il est exclu du Parti communiste en 1934. Deux ans plus tard, il fonde le Parti Populaire Français. Rallié à Vichy et à ses lois antisémites en 1940, il enfilera, après la rupture du pacte germano-soviétique, l'uniforme allemand pour combattre ses anciens camarades. Dévoré par son goût du pouvoir, l'ambition et sa volonté de revanche, Jacques Doriot est l'une des figures les plus sidérantes de l'histoire politique française. Critique : Regard noir, trémolos dans la voix… Jacques Doriot vocifère sur une musique lugubre : « L’Angleterre est vaincue ! Ce qui nous intéresse, c’est l’avenir de la France. C’est la possibilité de maintenir, comme l’a dit le Maréchal, son rang de grande puissance européenne et coloniale ! » L’archive a été filmée en 1941 au PPF — le Parti populaire français, d’obédience fasciste, que Do­riot a fondé cinq ans plus tôt —, un portrait de Pétain en toile de fond. Rien, pourtant, ne prédestinait ce révolutionnaire bol­chevique à collaborer avec les nazis. Ni à exhorter ses militants à « débarrasser la France des Juifs »… Par quels mécanismes psychologiques l’ambitieux tribun a-t-il pu finir sous l’uniforme allemand ? Un paradoxe sidérant qui hante ce documentaire. S’appuyant sur l’analyse de l’historien Pascal Ory et du politologue Jean-Yves Camus, il dissèque les blessures intimes de l’homme politique. Eternel numéro 2 du PCF, Doriot voue une haine féroce à Maurice Thorez, qui finit par l’exclure. Pas facile de s’attaquer à un tel personnage tout en gardant la distance nécessaire… Si la bande-son, anxiogène, tend à surligner sa monstruosité, des dessins s’intercalent habilement dans le montage pour retracer le destin chaotique de celui qui est « passé du poing levé au bras tendu ». Une respiration bienvenue. Presque salutaire.